Photo: avec l’aimable autorisation du bureau de terrain de Durham – Services de protection des forêts des États-Unis

Quiconque est invité à décrire les paysages d’Océanie cite immanquablement les cocotiers qui font tout le charme des îles de la région. Pourtant, les cocotiers sont bien plus qu’une source d’ombre ou un décor de carte postale ; ils jouent un rôle central dans les économies du Pacifique, et leur santé est essentielle au maintien de la prospérité des communautés de la région. Or depuis quelque temps, la santé des cocotiers du Pacifique est en grave danger. La Communauté du Pacifique (CPS), en coopération avec les États et Territoires insulaires océaniens et les partenaires du développement, s’emploie à trouver des solutions pour contrer la menace avant qu’elle ne réduise à néant tous les espoirs de progrès économique de la région.

Un secteur en plein essor

La culture du cocotier est depuis toujours la pierre angulaire de l’activité économique dans le Pacifique. Depuis 1993, le secteur a connu une période d’expansion et de diversification rapides. Selon le Programme océanien pour le développement de la filière cocotier (CIDP), le secteur comptait, en 2016, 64 entreprises essentielles au développement économique de la région – une augmentation de 50 % par rapport à 1993. Le plus étonnant est que 25 des produits que proposent ces entreprises sont issus de ressources locales et sont fabriqués et distribués par des entreprises détenues par des intérêts océaniens ou établies dans le Pacifique. Aujourd’hui, lait de coco, vinaigre de coco, fibre de coco, confiture de coco et biocombustibles issus de la noix de coco figurent en bonne place dans les rayons des supermarchés du monde entier. Si l’on y ajoute la contribution du cocotier à l’activité touristique dans la région et à la promotion des cultures océaniennes, on comprend mieux l’importance de cette précieuse ressource.

L’expansion de la filière se poursuit. Selon le CIDP, le marché de l’eau de coco devrait à lui seul augmenter de 149 % entre 2013 et 2018. Toutes les conditions semblent donc réunies pour que la filière cocotier puisse, à très court terme, contribuer pleinement à la réalisation des objectifs de développement de la région… du moins si rien ne vient compromettre la bonne santé et la pérennité de la ressource.

Introduction du rhinocéros du cocotier

En août 2017, une alerte est diffusée dans tout le Pacifique : un terrible danger plane sur la région : le rhinocéros du cocotier, ennemi de toujours, fait à nouveau parler de lui ; il sème la désolation dans les cocoteraies et avance rapidement d’une île à l’autre.

Le rhinocéros du cocotier, qui, jusqu’alors, n’était présent qu’en Asie du Sud, est arrivé en Océanie en 1909. Le coléoptère s’est déplacé le long des routes du caoutchouc et a peu à peu gagné toute l’Asie du Sud-Est et l’Océanie. Le biotype qui s’est implanté dans le Pacifique s’est pris d’une passion dévorante pour les cocotiers, et son arrivée dans la région a contraint les pays de la région à tester de nombreuses méthodes de lutte plus innovantes les unes que les autres. L’utilisation d’un nudivirus d’Oryctes, dont on a découvert les propriétés pathogènes contre la souche Pacifique, s’est révélée la méthode la plus efficace. Le virus a été introduit en 1964 dans le cadre d’un programme de lutte biologique, et pendant les quatre décennies suivantes, la souche Pacifique du rhinocéros du cocotier n’a plus fait parler d’elle.

Hélas, dès 2007, le rhinocéros du cocotier est revenu à la charge. Un nouveau biotype résistant au nudivirus a été découvert à Guam. La « souche Guam » a très vite conquis d’autres pays, et plusieurs infestations ont été signalées dans les régions continentales de Papouasie-Nouvelle-Guinée (2009), à Hawaii (2014), à Palau (2014) et aux Îles Salomon (2015). La souche Guam est capable de décimer tous les cocotiers d’une île en une seule année, ce qui lui a valu dans la région le surnom de « Palm Killer » (tueur de palmiers).

En 2017, un bulletin d’alerte régional a été diffusé afin d’informer les pays de la présence de la nouvelle souche dans la région. La même année, la Division ressources terrestres de la CPS a organisé un atelier sur le nouveau biotype, auquel ont participé des scientifiques de premier plan venus de tout le Pacifique pour échanger des informations sur les différentes méthodes de lutte contre le ravageur et débattre des moyens de coordonner au mieux la riposte.

Comment contrer la menace

Lors de l’atelier, organisé aux Fidji, Sean Marshall, entomopathologiste et biologiste moléculaire au laboratoire de AgResearch (Nouvelle-Zélande), a tenu à préciser que les virus, bien que très efficaces contre certains types de rhinocéros du cocotier, pourraient s’avérer inopérants contre la souche Guam. « La mise au point d’agents viraux de lutte biologique n’est pas une solution miracle. Ce n’est qu’une méthode d’éradication du rhinocéros du cocotier parmi d’autres », a-t-il expliqué. « Nous avons effectué des tests sur les isolats connus et les avons diffusés dans toute la région, mais aucun n’a eu d’effet sur la souche Guam. »

Selon Sean Marshall, on ne pourra espérer mettre au point un agent viral efficace capable d’éradiquer la souche Guam qu’une fois l’origine géographique du coléoptère établie. « Si nous savions d’où elle provient, nous pourrions nous rendre sur place pour identifier les agents naturels de lutte biologique qui empêchent la souche Guam de proliférer dans son environnement d’origine, et tenter de les introduire dans le Pacifique », a-t-il expliqué.

Roland Quitugua, de la faculté de sciences naturelles et appliquées de l’Université de Guam, préconise pour sa part l’utilisation de pièges en filet. Ces pièges – fabriqués avec des filets de pêche de type tekken utilisés à Guam – servent à piéger les rhinocéros du cocotier qui tentent de s’infiltrer dans les tas de compost ; ils ont déjà donné des résultats positifs à Guam. D’après Roland Quitugua, la méthode est originaire d’Hawaï, où les populations se servent de filets anti-oiseaux pour recouvrir les tas de compost – gîtes larvaires très appréciés de la souche Guam – et attraper les rhinocéros. Divers types de filet ont ensuite été testés à Guam, et c’est le tekken qui l’a emporté. Il est très facile à installer, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de cette méthode. Il suffit de moins de vingt dollars pour protéger une habituation de tout risque d’infestation.

Photo : Université de Guam – un piège en filet de type tekken

Utilisation de pièges

Diverses méthodes de piégeage ont été testées dans la région pour tenter d’enrayer la progression du rhinocéros du cocotier. Les plus courantes sont présentées dans un document accessible via le lien ci-dessous :

Méthodes de piégeage du rhinocéros du cocotier (en anglais seulement)

Selon Roland Quitugua, plus de 15 km de filets auraient déjà été déployés à Guam sur des tas de compost. La stratégie visant à mettre l’accent sur la sauvegarde des cocotiers plutôt que sur l’éradication du coléoptère a été la clé du succès du programme de sensibilisation mené auprès des communautés de Guam.

Pour autant, l’utilisation de pièges en filet ne suffira pas à contrer l’avancée du fléau. Tous les experts s’accordent à dire que la solution passe par l’utilisation simultanée de plusieurs méthodes. Il appartient à chaque région de trouver la combinaison qui convient. C’est à cette condition que l’on pourra sauver la ressource en cocotier de la région.

Pour l’heure, l’essentiel est que la CPS prenne acte de la gravité de la situation et adopte des mesures résolues. Le principal allié du rhinocéros du cocotier est le temps, et plus la région tardera à réagir, plus la menace sera grande. Comme l’a souligné Roland Quitugua, « il a fallu attendre près de deux ans avant que le programme d’éradication démarre à Guam. C’est deux ans de trop ».

Conscient de la nécessité d’agir vite, le Centre australien pour la recherche agricole internationale (ACIAR) a annoncé, lors de l’atelier, qu’il allait engager 2 millions de dollars australiens afin de donner une première impulsion à la mise en œuvre d’un plan de contre-attaque. Les participants à l’atelier ont par ailleurs formulé une stratégie régionale et constitué un comité chargé de coordonner les efforts visant à éradiquer le ravageur et à contenir la menace dans le Pacifique.

La création du comité marque une étape majeure dans la mise en œuvre d’une stratégie de riposte efficace et rapide contre le « tueur des palmiers ». Pour l’heure, la menace que la souche Guam faire peser sur la région persiste et s’intensifie de jour en jour.

Atelier CPS sur la souche Guam du rhinocéros du cocotier

L’atelier, organisé par la Division ressources terrestres de la CPS, a rassemblé : les représentants de l’ACIAR, de l’institut Landcare Research (Nouvelle-Zélande) et des partenaires techniques de la CPS bénéficiant du soutien du Programme d’aide australien, du Programme d’aide néo-zélandais et du ministère de l’Agriculture des États-Unis ; des opérateurs privés de Papouasie-Nouvelle-Guinée et des Îles Salomon ; des établissements universitaires ; et les représentants des pays membres de la CPS. Pour consulter le communiqué de presse publié à l’issue de l’atelier, veuillez cliquer sur le lien si dessous :

L’ACIAR s’engage à verser deux millions de dollars australiens en faveur de la lutte contre le rhinocéros du cocotier

 

Pour en savoir plus :