La Communauté du Pacifique (CPS) a reçu mardi 10 avril 2018 Jean-Paul Moatti, Président-directeur général de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) sur la thématique « Science et Objectifs de développement durable: la recherche dans les Outre-mer pour l’Agenda 2030 ».

« La CPS et l’IRD ont des objectifs communs » a rappelé Colin Tukutionga, directeur général de la CPS, en ouverture. « Nous fournissons à nos pays membres la science et l’appui dont ils ont besoin pour se mettre au service de leur population. De nombreux projets communs entre la CPS et l’IRD sont en cours, notamment concernant le changement climatique, et nous sommes heureux d’élargir cette coopération ». Les deux organisations ont signé un nouveau protocole d’accord qui s’appuie sur un partenariat existant et verra la CPS et l’IRD travailler ensemble dans les domaines des océans et des maladies vectorielles et échanger des données pour aboutir à des résultats tangibles en matière de développement durable.

Depuis le mois d’avril 2018, la CPS s’est dotée d’une politique de responsabilité sociale et environnementale applicable à ses programmes. La CPS veille ainsi à ce que son action s’aligne parfaitement aux ODD en mettant l’accent sur les aspects social et environnemental. Dans ses opérations également, la CPS veille à avoir la plus petite empreinte environnementale possible.

« L’IRD est une spécificité française » a précisé M. Moatti. « La France est l’un des derniers pays à avoir conservé un organisme public de recherche dont l’objectif est le travail avec les pays de la zone intertropicale ».

Parmi les missions de l’IRD, on compte en effet le renforcement des capacités des pays, notamment en matière scientifique.

Depuis deux ans, M. Jean-Paul Moatti travaille avec le groupement mondial d’experts indépendants chargé par les Nations Unies de rendre un rapport d’évaluation sur les Objectifs de développement durable en 2019. Ce rapport servira de point de référence pour mesurer les progrès accomplis de 2019 à 2030 – une première dans l’histoire de l’ONU.

« Placer l’équité au cœur des ODD et de l’Agenda 2030 », tel est le message de M. Moatti. La mondialisation doit être accompagnée de façon globale et rien ne sera accompli si on ne s’attaque pas au problème de la pauvreté extrême – souvent sous-évaluée – et des inégalités économiques. M. Moatti a donné plusieurs exemples dont le détail est disponible sur la vidéo de la conférence et dénoncé la concentration des richesses parmi les 1% des plus riches.

Poursuivant sur une note plus technique concernant la programmation des actions en faveur du développement, M. Moatti a insisté sur l’aspect holistique des ODD, qu’il faut prendre dans leur ensemble. Lorsqu’on met en œuvre des actions découlant des ODD, ces actions auront inévitablement de interactions positives et des synergies, mais aussi parfois des répercussions négatives sur les autres piliers du développement ; la coordination et la prise en compte de cette complexité sont donc indispensables, et il revient aux organisations multilatérales d’organiser cette coordination.

Dans ce cadre, M. Moatti a relevé qu’il est capital, pour construire un développement durable, de récolter des données de manière structurée et cohérente. Il s’agit de mieux comprendre les chaînes complexes de causalité qui régissent des déterminants du développement. Il a poursuivi en insistant sur la nécessité d’organiser et de structurer la récolte de données de manière à fonder l’action en faveur du développement et à identifier les interférences, positives et négatives, entre différentes actions. Il a illustré ses propos en parlant des effets directs et indirects des changements climatiques, de l’accès à l’énergie, de la sécurité alimentaire, de l’enrichissement des sols par le captage du carbone et des paradigmes de développement économique.

« Pour la première fois depuis le XVIIe siècle, la science est en première ligne; on ne doit pas avoir peur de dire la vérité même si elle peut gêner » a-t-il insisté.

« Il y a une tendance dans la société à remettre en cause la rationalité scientifique. C’est pourquoi nous avons besoin d’un système d’information structuré pour avoir des preuves: les données, pour mesurer et analyser la situation réelle dans les pays. »

M. Moatti a appelé de ses vœux la création de plateformes de savoir et émis l’opinion que les organisations multilatérales telles que la CPS ont une légitimité naturelle à les héberger. Il a indiqué qu’il accueillerait et soutiendrait toute initiative de la CPS allant dans le sens de la construction de réseaux de savoir.