oceans-paris agreementLa Communauté du Pacifique (CPS) a contribué à un article à l’interface entre science et politique publié cette semaine (16 mai) par la prestigieuse revue Nature Climate Change dans le cadre de l’Initiative Océans 2015.

Quelques mois après la 21e Conférence des Parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COP21), l’article analyse les implications de l’Accord de Paris pour le futur des océans et précise la nature des nécessaires interactions entre la communauté scientifique et les négociations climatiques. Il montre qu’en l’état, l’Accord de Paris amènera au minimum à un doublement du niveau actuel de risque d’impact sur l’océan.

« Ces travaux sont très importants pour les Etats et Territoires Insulaires du Pacifique, qui ont beaucoup investi ces négociations cruciales pour leur avenir, et ont construit des liens étroits avec les communautés scientifiques du monde entier », précise Raphaël Billé, coordonnateur du projet RESCCUE à la CPS et co-auteur de l’article. R. Billé précise d’ailleurs que plusieurs pays du Pacifique ont mis un point d’honneur à être parmi les premiers à signer et ratifier l’Accord de Paris – Fidji étant même le premier à l’avoir ratifier. « Cela donne une idée de l’importance que les peuples du Pacifique accordent à ces négociations et à leurs résultats », note-t-il.

L’océan tempère le réchauffement global du climat au prix d’une altération profonde de son fonctionnement physique et chimique, de ses écosystèmes et des services qu’ils fournissent à l’humanité (pêche, aquaculture, tourisme littoral, protection côtière, etc.). Les niveaux d’impacts d’ici la fin du siècle dépendront fortement de la trajectoire mondiale d’émissions de gaz à effet de serre que l’humanité suivra d’ici là.

Pour rappel, l’Accord de Paris adopté lors de la COP21 engage les pays à limiter l’augmentation de température de la planète à « moins de 2°C d’ici 2 100, voire à 1,5°C ». Or les estimations d’élévation de la température de la planète réalisées à partir des « contributions nationales » (les « INDC »), annoncées par 185 de ces pays en amont de la COP 21, soulignent encore un écart important avec cet objectif, doublé de fortes incertitudes : entre +2,7°C et +3,5°C en moyenne, et même entre 2,0 et 4,6 °C en prenant en compte toute l’étendue des fourchettes d’incertitude.

Les scénarios tirés de ces « contributions nationales » mettent en évidence une multiplication du risque d’impact actuel par 2,2 à 2,5. Même le scénario à faibles émissions de gaz à effet de serre, correspondant globalement à un objectif de +2°C en 2100, comporte des risques de dommages majeurs, notamment sur les coraux tropicaux, avec une multiplication par 1,4 du niveau de risque d’impact actuel. Il est donc indispensable que les « contributions nationales » soient revues à la hausse en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce que l’Accord de Paris prévoit d’ailleurs au travers d’un cycle de révision tous les 5 ans à partir de 2020.

Un problème supplémentaire est que dans le cadre de la préparation de la COP21, les pays ne se sont projetés qu’à l’horizon 2030. Au-delà de 2030, les émissions sont paradoxalement à la fois très incertaines en raison de décisions qui restent à prendre et dont dépendra fortement la trajectoire mondiale d’émissions de gaz à effet de serre dans les décennies à venir, et très contraintes par des choix d’investissements et d’infrastructures pré-2030, sources d’irréversibilités.

Dès lors, il est important qu’en parallèle de la révision des objectifs 2030, les pays s’engagent à clarifier progressivement non seulement leurs objectifs à plus long terme mais aussi les itinéraires sociotechniques qu’ils prévoient d’emprunter pour les atteindre, notamment dans le cadre de leurs politiques énergétiques, de transport ou encore d’utilisation des écosystèmes.

Sur la base de telles informations, aujourd’hui manquantes dans le processus politique de négociation internationale, les scientifiques pourront développer des estimations plus réalistes des risques d’impact du changement climatique sur l’océan. Ces scénarios viendront à leur tour alimenter la nécessaire révision à la hausse des engagements des pays par des informations de plus en plus fines sur les implications des engagements de la communauté internationale pour l’avenir des océans et des populations qui en dépendent.

Les négociations climatiques ont besoin d’une vision claire des bénéfices à espérer d’efforts d’atténuation très ambitieux : c’est de la responsabilité de la communauté scientifique que de construire cette vision, et de celle de la sphère des négociations de fournir aux scientifiques les éléments nécessaires.

A l’heure où les parties à la convention sur le changement climatique sont de nouveau réunies à Bonn cette semaine pour « transformer l’essai » marqué à Paris en décembre, les conclusions de l’article soulignent au passage l’importance de la récente décision du GIEC de produire, d’ici à 2020, deux rapports spéciaux : l’un sur les implications d’un monde à +1.5°C, l’autre sur les océans.

Contacts médias :
CPS : Jean-Noël Royer, [email protected], +687 26 20 00 (ext. 31 171)
Iddri : Delphine Donger, [email protected], +33 6 22 70 05 65

Contacts scientifiques :
Iddri : Alexandre Magnan, [email protected], +33 (0) 6 50 81 39 27
CPS : Raphaël Billé, [email protected], +687 26 20 00 (ext. 31 386)

Source : Magnan A.K., Colombier M., Billé R., Joos F., Hoegh-Guldberg O., Pörtner H.-O., Waisman H., Spencer T., Gattuso J.-P., 2016. Implications of the Paris Agreement for the ocean. Nature Climate Change. doi :10.1038/nclimate3038.

À propos de l’Initiative Océans 2015 :
L’Initiative Océans 2015 a pour objectif de fournir aux négociateurs climat des informations clés sur le futur des océans. Elle regroupe une vingtaine d’experts du monde entier, préoccupés par le futur de l’océan. Cette initiative est coordonnée par le CNRS, l’UPMC et l’Iddri. Elle est soutenue par la Fondation Prince Albert II de Monaco, le Centre de coordination international sur l’acidification des océans de l’Agence Internationale de l’énergie atomique, la Fondation BNP Paribas, et l’Association Monégasque pour l’acidification des océans.

À propos du projet RESCCUE :
Le projet RESCCUE vise à accroître la résilience des Etats et Territoires Insulaires du Pacifique face aux changements globaux par la mise en œuvre de la gestion intégrée des zones côtières. Il prévoit notamment de développer des mécanismes de financement innovants pour assurer la pérennité économique et financière des activités entreprises. Ce projet régional opère sur un à deux sites pilotes dans chacun des pays et territoires suivants : Fidji, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Vanuatu. Mis en œuvre par la CPS pour une durée de cinq ans (2014 – 2018), il est financé principalement par l’Agence Française de Développement (AFD) et le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM).