Pêches côtières – Nos moyens d’existence, notre avenir

Tel est le message percutant que l’on peut lire dans le rapport Vulnérabilité des ressources halieutiques et aquacoles tropicales du Pacifique au changement climatique, publié en 2011 par la CPS. Cet ouvrage souligne toute l’importance que revêtent les pêcheries du Pacifique pour le reste du monde, tout en mettant en avant la place éminemment centrale qu’occupent les ressources marines dans la vie des Océaniens.

Les chiffres présentés dans le rapport laissent sans voix : « Parmi les populations rurales du littoral, la consommation moyenne annuelle de ressources marines (coquillages et crustacés compris) atteint entre 30 et 118 kg par personne en Mélanésie, entre 62 et 115 kg par personne en Micronésie et entre 50 et 146 kg par personne en Polynésie. Même dans les centres urbains, la consommation annuelle par habitant est souvent largement supérieure à la moyenne mondiale, établie à 16-18 kilos par personne et par an. »

En d’autres termes, le poisson et les fruits de mer représentent entre 50 et 90 % des apports protéinés des populations du Pacifique, le gros de cette pêche provenant des ressources côtières.

Or, la croissance démographique, la destruction des habitats, l’acidification de l’océan, le blanchissement des coraux, le changement climatique et la surpêche exercent une énorme pression sur les ressources halieutiques côtières. D’après les données de surveillance de cinq espèces marines clés, recueillies à l’échelle régionale, la surpêche pousse certaines de ces espèces aux limites du tolérable. La pêche à l’holothurie, par exemple, autrefois très répandue dans notre région, est désormais fermée dans la plupart des îles du Pacifique.

Et ça ne fait que commencer. Les projections montrent qu’au-delà d’un certain point, nous n’aurons plus assez de ressources côtières sauvages pour répondre aux besoins croissants de notre région. Il faudra pas moins de 115 000 tonnes de poisson supplémentaires à l’horizon 2030 pour garantir aux populations les apports nutritionnels recommandés. Avec de tels chiffres, même si elles sont bien gérées, les pêcheries côtières ne seront pas en mesure de fournir les ressources supplémentaires dont les Océaniens ont besoin pour se mettre à l’abri de l’insécurité alimentaire. Et le tableau s’assombrit encore quand on sait que la production agricole du Pacifique n’évolue pas au rythme de la croissance démographique et que deux tiers des nations insulaires sont aujourd’hui importateurs nets de produits alimentaires.

Les conséquences se font déjà sentir. De nombreuses îles se résolvent à importer des produits de la mer de moindre qualité et d’autres produits alimentaires transformés, contribuant ainsi un peu plus à l’épidémie de maladies non transmissibles qui sévit dans la région. Les taux d’obésité, de diabète et de cardiopathies se maintiendront à des niveaux excessifs dans la région tant que les Océaniens n’opéreront un changement radical dans leurs habitudes alimentaires, privilégiant les circuits locaux, tels que le poisson frais et les cultures de base locales.

Pour trouver des éléments de solution à ces problèmes, en 2015, les chefs d’État et de gouvernement des pays océaniens ont chargé la CPS de piloter les actions régionales menées sur les pêches côtières. Les deux instruments stratégiques entérinés par les dirigeants océaniens, à savoir la Feuille de route régionale pour une pêche durable en Océanie et Une Nouvelle partition pour les pêches côtières – les trajectoires du changement : la Stratégie de Nouméa, orientent nos activités dans le domaine de la gestion des pêches.

Cette semaine, la CPS accueille la première Conférence technique régionale sur les pêches côtières. C’est l’occasion pour 20 pays du Pacifique de s’emparer de certains des points d’inquiétude soulevés dans la région et d’explorer de nouvelles idées sur l’avenir de la pêche en Océanie. Les participants s’intéresseront tout particulièrement aux moyens à mettre en œuvre pour combler les déficits de données dans le secteur des pêches côtières afin d’étayer une gestion plus avisée des ressources et de mesurer la situation de la région à l’aune des indicateurs de l’objectif de développement durable n° 14 sur les océans, les mers et les ressources marines.

L’océan Pacifique est un symbole identitaire fédérateur : il relie nos communautés et les fait vivre. Il est donc indispensable d’assurer la pérennité des ressources halieutiques côtières pour la survie de nos populations et la construction de notre avenir.