Les pays insulaires du Pacifique forment une communauté de traditions, cultures et expériences multiples et uniques en leur genre. Ces nations sont pour la plupart de petite taille, faiblement peuplées et éparpillées dans l’une des régions les plus vastes et importantes au monde. Les populations de ces pays insulaires sont tributaires d’une vie harmonieuse avec la nature et se trouvent en première ligne de certains des plus graves défis d’envergure mondiale. Parmi ces défis, on compte le changement climatique et les maladies non transmissibles (MNT).

Le changement climatique aura d’importantes conséquences préjudiciables sur les communautés et les économies au cours des décennies à venir. D’après certaines estimations, on devrait observer 250 000 décès supplémentaires chaque année entre 2030 et 2050 à cause de la malnutrition, du paludisme, des maladies diarrhéiques et des stress thermiques, et plus de 2 billions de dollars des É.-U. de perte de productivité pour l’ensemble de la planète.

En règle générale, les chiffres annoncés en matière de changement climatique ne se rapportent qu’à un lointain avenir, mais ici, en Océanie, ses conséquences se font déjà sentir. Au cours des dix dernières années, la région a déploré d’innombrables victimes et essuyé des pertes financières de plus de 2 milliards de dollars des É.-U. en raison de diverses catastrophes naturelles comme les cyclones, les tsunamis, les inondations et les sécheresses. Rien qu’aux Fidji, les pertes annuelles causées par les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient s’élever à 6,5 % du PIB d’ici 2050, et plus de 32 000 personnes pourraient se retrouver en situation de précarité chaque année. Aujourd’hui, notre région se trouve dans la situation peu enviable de compter cinq des quinze pays au monde jugés les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Alors que les débats se poursuivent sur l’existence du changement climatique dans certaines parties du monde, ici, en Océanie, le changement climatique est devenu une réalité. L’atténuation de ses effets n’est plus une question de politique, mais bien de survie.

En revanche, le défi mondial posé par les maladies non transmissibles (MNT) ne fait pas l’objet de la même attention, à tel point que l’on parle d’une hécatombe silencieuse à l’échelle planétaire. Et pourtant, le cancer, les maladies cardiovasculaires, le diabète et les troubles respiratoires et mentaux sont déjà responsables des trois quarts de la mortalité mondiale. L’impact des MNT, comme celui du changement climatique, ne fera que croître. D’après certaines estimations, la mortalité mondiale pourrait ainsi augmenter de près de 20 % d’ici 2030.

Tout comme le changement climatique, les MNT ont une incidence disproportionnée sur les pays du Pacifique. Elles sont désormais la première cause de décès, de pathologies et d’invalidité dans la région. Sur les dix nations au monde comptant le plus de personnes obèses, huit se trouvent en Océanie, et la prévalence du diabète est trois à quatre fois plus importante qu’ailleurs sur la planète. Si rien n’est fait, les MNT auront des conséquences graves sur la santé et la société, à la fois pour les individus et pour leurs familles. Elles asphyxieront les systèmes de santé nationaux et limiteront cruellement le potentiel de développement de l’ensemble de l’Océanie.

Le changement climatique et les MNT semblent, de prime abord, être des questions tout aussi graves, mais sans corrélation. Or, bon nombre de leurs causes et solutions sont étroitement liées. Le changement climatique transforme en profondeur les déterminants sociaux, économiques, culturels et commerciaux de la santé. Ces changements ont, à leur tour, un impact négatif sur le milieu dans lequel les personnes vivent et travaillent, ce qui accroît le risque de MNT pour les populations les plus vulnérables. A contrario, les interventions de lutte contre le changement climatique sont l’occasion de traiter efficacement ces maladies, et les mesures prises pour réduire le fardeau des MNT peuvent avoir un impact positif sur l’atténuation des effets du changement climatique.

Ainsi, la transition vers une utilisation accrue des énergies renouvelables et l’investissement dans des systèmes de transport actif permettraient non seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique, mais encourageraient également l’activité physique tout en contribuant à faire diminuer l’incidence des MNT.

Réfléchissons également à la manière dont la production alimentaire est gérée. L’investissement dans un système alimentaire pérenne, fondé sur des aliments locaux, non transformés, réduit la dépendance vis-à-vis des produits alimentaires importés et très transformés, et permet en même temps de réduire les MNT et d’atténuer les effets du changement climatique.

Pourquoi établir de tels liens ?

De nombreuses interventions fondées sur des bases factuelles et mondialement reconnues ont certes été approuvées en vue de réduire le fardeau des MNT, mais, jusqu’à aujourd’hui, la mise en œuvre de ces accords a été limitée. De même, les accords internationaux visant à contrecarrer les effets du changement climatique, comme l’historique Accord de Paris, subissent désormais des pressions, ce qui pourrait anéantir les avancées enregistrées dans le domaine de la santé grâce au développement économique et celles qui découlent du développement durable. L’adoption d’une démarche axée sur la santé publique pourrait unir tous les acteurs qui, ainsi, feraient front commun. En d’autres termes, en associant la recherche, l’expertise et la volonté politique qui sous-tendent chacun de ces domaines, nous pourrons mieux faire entendre notre voix en faveur d’un changement positif et durable, et contribuer à réaliser les objectifs communs à ces deux défis.

L’Océanie paye actuellement l’un des plus lourds tributs pour ce qui est du changement climatique et des MNT. Elle est, par conséquent, bien placée pour montrer au monde entier comment traiter ensemble ces deux fléaux et veiller à adopter une démarche plus coordonnée dans la recherche de solutions. Les membres de la Communauté du Pacifique (CPS) se trouvent aujourd’hui en première ligne d’un grand nombre des interventions conduites à cet égard dans différents secteurs.

Ainsi, la CPS a adopté le concept de l’agriculture climato-intelligente comme grande stratégie orientant le soutien apporté à ses membres ainsi que les activités menées par l’Organisation à leurs côtés. Parmi ces diverses activités, nous pouvons citer : la création de l’Alliance océanienne pour l’agriculture climato-intelligente ; la promotion des cultures vivrières climato-intelligentes visant à appuyer le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture ; la réflexion menée sur la technologie nucléaire permettant d’accélérer la culture de plantes vivrières climato-intelligentes ; l’établissement de liens entre les systèmes de semences et l’adaptation aux effets du changement climatique par le biais du programme « Pacific Seeds for Life » ; la promotion de démarches climato-intelligentes dans la gestion de la fertilité des sols ; la promotion de plantes et de systèmes de productions animales climato-intelligents sur les petits atolls ; la création d’une plateforme sanitaire/phytosanitaire en vue de répondre aux risques de nuisibles et de maladies résultant des effets du changement climatique ; et la promotion du développement de chaînes de valeur climato-intelligentes, viables et écologiques.

Pour le volet relatif à la gestion de l’énergie, la CPS s’est associée au ministère de la Météorologie, de l’Énergie, de l’Information, de la Gestion des catastrophes, de l’Environnement, du Changement climatique et de la Communication des Tonga pour créer le Centre océanien pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (PCREEE) au Royaume des Tonga. Le PCREEE fait partie d’un réseau mondial de centres régionaux travaillant sur les énergies renouvelables dans les petits États insulaires en développement (PEID), qui œuvrent à améliorer l’accès à des services d’énergie modernes, abordables et fiables, à assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique et à en atténuer les externalités négatives (ex. : pollution locale et émissions de gaz à effet de serre) et qui promeuvent les investissements en faveur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, ainsi que le développement de marchés et d’entreprises dans ces domaines au sein des États et Territoires insulaires océaniens.

Le changement climatique et les MNT représentent des défis de taille pour la communauté internationale, et notre capacité à atténuer ces problèmes déterminera dans une large mesure si nous sommes à même d’atteindre les objectifs de développement nationaux ainsi que les cibles internationales telles que les Objectifs de développement durable. En Océanie, nous intégrons d’ores et déjà ces enjeux à nos activités et montrons combien une démarche commune peut aider à mieux comprendre la situation, à parvenir à un consensus entre les nations et à renforcer considérablement l’impact des activités d’atténuation. Si la même démarche peut être adoptée à l’échelle de la planète, nous aurons alors véritablement la possibilité de créer un monde plus propre, plus sûr, plus pérenne et plus sain.