Auteur: Jan Helsen

Auteur: Jan Helsen

Directeur, Division resources terrestres (Suva)

Le concept de semaine océanienne de l’agriculture est né en octobre 2014, à l’occasion de la participation de Vanuatu à la 13e semaine caribéenne de l’agriculture, tenue au Suriname (Amérique du Sud). La proposition de Vanuatu a été unanimement approuvée par les ministres de l’Agriculture du Pacifique Sud-Ouest à Port-Moresby, en mai 2015, avant de se traduire dans les faits par l’inauguration réussie de la première semaine océanienne de l’agriculture, organisée par Vanuatu du 16 au 20 octobre 2017.

Cette première édition*, qui a rencontré un franc succès, a braqué le projecteur sur le thème des cultures, de la résilience, des perspectives, des produits et de la durabilité. Plusieurs espaces d’échanges, formels et informels, ont été proposés aux parties prenantes nationales et internationales, ainsi qu’aux intervenants des secteurs privé et public. Cet événement a offert aux bailleurs de fonds et aux partenaires du développement la possibilité de participer à des manifestations parallèles, mais aussi d’assister tout au long de la semaine à des débats novateurs autour notamment des ressources génétiques, des marchés et des chaînes de valeur, ainsi que de l’autonomisation des jeunes.

La semaine océanienne de l’agriculture s’est ouverte officiellement le mercredi 18 octobre, à la veille de la Conférence régionale des directeurs de l’agriculture et de la foresterie, et a pris fin le 20 octobre, avec une conférence interministérielle réunissant pour la première fois la Communauté du Pacifique (CPS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La Division ressources terrestres de la CPS s’est félicitée de l’occasion qui lui était offerte, d’une part, de renouer avec ses membres océaniens (la dernière Conférence régionale des directeurs de l’agriculture et de la foresterie remontait à 2012), et, d’autre part, de s’employer à renforcer les partenariats existants ainsi qu’à en établir de nouveaux. Nous en avons aussi profité pour exposer notre vision et notre mission, ainsi que le mode de fonctionnement que pourrait adopter la Division pour mieux répondre aux besoins actuels et futurs de la région. Vingt États et Territoires insulaires océaniens étaient représentés à Vanuatu, et près d’une centaine de partenaires du développement et de bailleurs ont participé à l’événement en qualité d’observateurs.

Si l’on veut situer le contexte des conférences régionale et interministérielle, il faut bien garder à l’esprit le fait que les sociétés et les cultures agraires océaniennes ne reposent plus sur un schéma simplifié, et qu’elles sont nombreuses aujourd’hui à être solidement implantées sur le marché – régional mais aussi au-delà. Les Océaniens s’appuient de moins en moins sur la production locale pour se nourrir. Il apparaît également que, face au vieillissement de la population agricole et aux évolutions climatiques, l’agriculture n’est peut-être plus privilégiée comme activité vivrière. Les débats tenus lors de la Conférence régionale nous ont permis de nous rendre pleinement compte des enjeux actuels et, ainsi, d’imprimer l’élan nécessaire pour mieux prioriser les services. Ils ont aussi contribué à harmoniser davantage les efforts de développement afin de renforcer leur efficacité.

Nous sommes convaincus que la CPS, en tant que principale organisation technique et scientifique de la région, est idéalement placée pour tirer parti de sa mission de recherche scientifique au service du bien commun et pour multiplier les possibilités de renforcement du soutien régional, national (et, ultérieurement, local) apporté à l’agriculture et à la foresterie.

Investir dans le secteur agroalimentaire par exemple, promouvoir le rôle des jeunes dans l’agriculture, et suivre le rythme des avancées technologiques, notamment dans le domaine de l’information et de la communication, à l’international, sont autant de pistes à explorer pour favoriser l’association du secteur agricole océanien au reste du monde. En cette période décisive pour l’aide et le développement, où l’efficience et l’efficacité sont deux paramètres essentiels de la mise en œuvre des programmes, la CPS occupe aujourd’hui un rôle de chef de file dans le renforcement des capacités nationales et régionales et dans l’apport de compétences supplémentaires dans 22 États et Territoires insulaires océaniens. Le moment est venu de mieux cerner les priorités nationales, d’identifier les ressources disponibles, de coordonner une meilleure collaboration régionale et de veiller à la mise en place de chemins d’impact solides.

Quelle est la voie à suivre pour atteindre ces objectifs ?

Il faut en priorité reconnaître les réalisations de nos pays membres, réalisations que l’on peut exploiter comme levier du développement. Les efforts déployés par nos pays membres pour attirer l’attention sur les questions liées à la sécurité alimentaire dans le contexte du changement climatique portent leurs fruits. Nous saluons ici les Fidji, qui ont donné l’exemple en organisant la 23e session de la Conférence des Parties (COP 23), mais aussi en choisissant leur ministre compétent pour l’agriculture comme porte-drapeau de haut niveau des questions climatiques. Le pays a ainsi contribué immensément à placer le secteur agricole océanien au cœur des discussions et à faire reconnaître les lourdes conséquences du changement climatique sur l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Nous devons ensuite prendre conscience que, même si l’intérêt porté au secteur agricole par les partenaires du développement et les bailleurs n’a jamais été aussi fort, l’assistance régionale octroyée à l’appui des efforts nationaux reste largement dispersée. Nous avons la possibilité de coordonner plus étroitement nos efforts régionaux et ceux consentis à l’échelon national (pour favoriser une utilisation efficace et efficiente des ressources), mais nous devons aussi de toute évidence nous affranchir du fonctionnement cloisonné adopté à ce jour par les partenaires du développement.

Enfin, il nous faut reconnaître la nécessité d’être plus réactifs face aux priorités de nos membres et plus en phase avec celles-ci. Une fois que nous aurons reconfiguré ces modalités de travail avec les membres, la marche à suivre consistera notamment à planifier un plan de développement qui concorde avec les possibilités de financement, à procéder à un suivi et à une évaluation des problèmes techniques aux échelons national et régional, et à évaluer les changements et les avancées obtenus dans la région à l’aune de ces objectifs de haut niveau.

Cette première édition de la semaine océanienne de l’agriculture a révélé que les partenaires disposent d’un fort potentiel de collaboration pour atteindre l’ensemble des objectifs présentés ci-avant. La CPS et la FAO offrent un cadre clé de coopération qui fait l’objet de toutes les attentions. Si cet important partenariat a occupé le devant de la scène, c’est aussi parce qu’il associe la principale organisation du Conseil des organisations régionales du Pacifique (CORP) intervenant dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et de la sécurité alimentaire et son homologue au sein du Système des Nations Unies. Ce partenariat-cadre offre de multiples possibilités pour mieux coordonner la lutte contre les organismes nuisibles et les maladies, pour concevoir les systèmes de gestion de la qualité nécessaires au futur centre de conservation des ressources génétiques, qui sera chargé de préserver et de mettre à disposition les plantes cultivées essentielles à la sécurité alimentaire dans le contexte du changement climatique, et pour promouvoir les principes simples mais incontournables d’une agriculture et d’une politique d’occupation des sols climato-intelligentes.

Comme il s’agissait de la toute première édition de cet événement, de nombreux enseignements sont bien évidemment à tirer et à partager. De nouveaux partenaires, chacun justifiant de compétences techniques dans des domaines précis et de ses propres sources de financement, se manifestent. En 2019, les mêmes parties prenantes se réuniront à nouveau, au Samoa, à l’occasion de la deuxième semaine océanienne de l’agriculture, de la Conférence régionale des directeurs de l’agriculture et de la foresterie et de la réunion ministérielle.

Ceteris paribus, je tiens à souligner une nouvelle fois le succès éclatant de la semaine océanienne de l’agriculture, qui constituera une première étape vers un dialogue plus profond et plus enrichissant avec nos membres et nos partenaires de recherche et de développement. C’est ce dialogue qui ouvrira la voie dans les années à venir à des efforts systématiques tendant à faire de l’Océanie une région résiliente et libérée de la faim.

* http://www.pacificweekofagriculture.com/wp-content/uploads/2017/09/booklet_proof2.pdf