Comment une délicieuse noix extraite d’une forêt éloignée des Îles Salomon est cueillie, grillée, certifiée comme produit biologique et peut se retrouver à des milliers de kilomètres dans les rayons des épiceries santé de la Nouvelle-Calédonie ?

Mzipa Ghumi et Dorence Walter, toutes deux cueilleuses de cette noix de kanari ont voulu suivre le cheminement de leur produit en remontant la chaîne de distribution depuis leur village de Baniata dans la province occidentale des Îles Salomon jusqu’aux intermédiaires d’Honiara, en passant par les Fidji, pour arriver, enfin, en Nouvelle-Calédonie.

« Notre communauté est difficile d’accès, et, pour nous, c’est encore plus compliqué d’aller sur les marchés, parce que le trajet est long et que la traversée est chère. On n’est pas toujours certains de pouvoir vendre nos noix », a expliqué Dorence Walter.

La noix de kanari est le fruit de l’arbre noble Canarium Indicum que l’on trouve aux Îles Salomon et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. À partir du mois d’août et jusqu’en février, Mzipa et Dorence recueillent ces noix sur le sol des forêts recouvertes de feuilles, tout comme leurs ancêtres l’ont fait avant elles. Les arbres adultes peuvent produire 30 kilogrammes de noix, et certaines familles possèdent entre 20 et 40 arbres.

La préparation des noix demande beaucoup de temps. En effet, il faut d’abord les récolter, les décortiquer à l’aide de marteaux, puis envelopper leur noyau dans des feuilles et les faire griller sur des pierres chaudes. Il faut au moins un mois pour remplir les seaux destinés à l’exportation.

Dans le cadre des efforts déployés pour accéder à différents marchés, les exploitants des villages ont œuvré à faire de leur délicieux produit local la première récolte de produits naturels à recevoir la certification des exploitants biologiques de la Communauté océanienne pour l’agriculture biologique et le commerce éthique (POETCom) dont le secrétariat est hébergé par la Division ressources terrestres de la CPS à Suva.

« Nos forêts sont propres et préservées, et nous souhaitons laisser à nos descendants des forêts aussi bien conservées », a indiqué Walter Silvae, président du Comité bio de Baniata. « Il en va de notre devoir. Nous respectons la nature et, en retour, elle subvient à nos besoins. »

À Honiara, c’est une entreprise locale, Sol Agro, qui accompagne le développement des marchés pour les produits biologiques des communautés rurales, qui achète ces noix de kanari. Elle les exporte ensuite à Biomonde, une épicerie santé de Nouméa (Nouvelle-Calédonie).

Pour Mzipa et Dorence, être les témoins du long voyage parcouru par leurs noix qui sont désormais en vente dans un autre pays, fait bien comprendre que de bons débouchés sont importants pour subvenir aux besoins de leurs enfants.« Grâce à vous, nous savons désormais que nous aurons un complément de revenus, en dehors du coprah », a expliqué Mzipa Ghumi aux gérants des magasins.

Fabienne Gandet, propriétaire du magasin Biomonde à Robinson, a indiqué que le coût du fret aérien représentait la principale barrière à l’importation d’une quantité supplémentaire de ces noix, puisqu’il n’existe aucun service de transport fiable entre les Îles Salomon et la Nouvelle-Calédonie.

« Nous voulons vraiment éviter d’acheter en dehors du Pacifique, si c’est possible, mais nous sommes contraints d’aller voir ailleurs. S’approvisionner auprès des pays océaniens est tout bonnement plus cher, en raison des coûts de fret élevés et de l’absence de structures d’appui abordables », a ajouté Fabienne.

Ce projet des noix de kanari est financé par l’Union européenne au titre du Projet Accroissement du commerce de produits agricoles, dont l’exécution a été confiée à la CPS, et par le Fonds international de développement agricole.

En bref

Les exploitants du village de Baniata (Îles Salomon) sont les premiers à être titulaires d’une certification biologique de leurs noix de kanari grillées, délivrée par la Communauté océanienne pour l’agriculture biologique et le commerce éthique (POETCom).
Les noix de kanari des Îles Salomon trouvent de nouveaux débouchés en Nouvelle-Calédonie.
Les noix sont recueillies, puis grillées selon des méthodes traditionnelles, avant d’être acheminées par voie maritime chez les grossistes d’Honiara, puis de prendre l’avion pour atterrir dans les épiceries santé de la Nouvelle-Calédonie.