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Traditions-OK
Numéro 27 - Avril 2011

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Coordonnateur du réseau et rédacteur en chef du bulletin:
Kenneth Ruddle, Asahigaoka-cho 7-22-511, Ashiya-shi, Hyogo-ken, Japon 659-0012.

Production:
Cellule information halieutique, CPS, B.P. D5, 98848 Nouméa Cedex, Nouvelle-Calédonie.

Produit avec le concours financier de l'Australie, la France et la Nouvelle-Zélande.


Éditorial

Alors que le rideau vient de tomber sur la COP 10 (1) ici à Nagoya (Japon), l’article principal du présent bulletin « Qu’est-ce que ça dit sur nous ? » - Recherche en sciences sociales et peuples autochtones – le cas des Paq’tnkek Mi’kmaq » de Leslie Jane McMillan et Anthony Davis est particulièrement d’actualité. Long et très détaillé et s’ap-puyant sur un projet mené en Nouvelle-Écosse (Canada), cet article n’en présente pas moins le modèle pratique que nous attendions tous et qui sera aussi utile en Océanie qu’ailleurs dans le monde.

Comme on l’a abondamment démontré au cours de la COP 10, la situation et les problèmes des peuples autochtones suscitent désormais un intérêt planétaire, d’autant plus qu’ils doivent continuer à lutter farouchement pour faire valoir leurs droits. McMillan et Davis nous démontrent que la recherche sociale participative a beaucoup à apporter à cet égard, notamment pour inventorier les pratiques et les conceptions relatives à l’utilisation des ressources et produire ainsi les éléments de preuve requis pour obtenir gain de cause devant les tribunaux et permettre l’auto-nomisation des peuples autochtones.

Dans leur article, McMillan et Davis décrivent comment les universitaires et leurs partenaires locaux exploitants de la ressource ont, au cours d’une série d’ateliers, dégagé quatre principes devant guider la conception du projet et sa réalisation : 1) L’enfer est pavé de bonnes intentions ; 2) à données initiales douteuses, résul-tats douteux ; 3) un travail de recherche utile est rarement, voire jamais, un acte de confirmation, et 4) les partenariats forts favorisent le renforcement des capacités de chacun ainsi que la responsabilité mutuelle, mais pas la dépendance. Il est à déplo-rer que les chercheurs en sciences sociales ne soient pas plus nombreux à adopter une approche si pleine de bon sens au moment de concevoir et de réaliser des pro-jets de recherche sur le terrain.La conception des projets et la qualité de la recherche en sciences sociales sur les « savoirs écologiques locaux (2) » (SEL) ont fait l’objet de plusieurs articles et exposés que j’ai réalisés récemment en collaboration avec Anthony Davis. Si je les évoque ici, c’est qu’ils sont en relation directe avec l’article de McMillan et Davis et qu’ils confortent la thèse selon laquelle ce modèle mérite d’être imité.

Dans un article publié en 2009 dans la revue Ecological Applications (3) et dans une communication présentée lors d’une récente conférence de l’Asian Institute of Technology (4), à Bangkok, nous (Davis et Ruddle) avons démontré que pour que les SEL deviennent une source fiable de données, il faut reconnaître les limites du tra-vail de recherche correspondant. Les problèmes essentiels que pose la recherche sociale sur les SEL tiennent au recours à des théories ou concepts simplistes, à des conceptions et méthodes de recherche peu documentées et non systématiques, ce qui débouche sur des résultats sans garantie ou peu défendables. La recherche sociologique sur les SEL pourrait grandement contribuer à l’élaboration et la com-préhension d’une autre approche de la gestion des ressources. Toutefois, vu les tendances qui ressortent de la littérature le plus souvent citée, il paraît très peu probable que la sociologie actuelle soit sur la voie de remplir ce mandat important.

Trop souvent, la documentation connexe est basée sur des études non systématiques, peu représentatives et peu fiables, qui aboutissent à des données et des conclusions qui ne permettent pas d’établir des comparaisons ni des généralisa-tions. On ne peut donc guère s’appuyer sur elle pour formuler des recommandations de politique à long terme de ges-tion des ressources. Il faudrait relever les niveaux de responsabilité et de transparence, à commencer par une exigence essentielle : les chercheurs devraient fournir des descriptions de concepts et méthodes de recherche suffisants pour que l’on puisse évaluer la fiabilité et la représentativité des conclusions et faciliter la comparaison, la généralisation et les conclusions fondées sur des faits. Ce n’est que dans ces conditions que la prise en compte des SEL sera considérée comme un élément essentiel de la gestion des ressources. Dans un article à paraître dans la revue Society and Natural Resources (5) Ruddle et Davis montrent à la fois l’importance et les limites des SEL acquis dans le cadre d’une recherche menée en collaboration avec des pêcheurs et des scientifiques au Canada et au Viet-Nam. Ces études de cas ont montré que, bien qu’importantes, les expériences et observations locales des pêcheurs ne suffisent pas toujours à caractériser avec exactitude des phénomènes écosystémiques tels que la dynamique prédateur-proie. Il n’est pas réaliste d’attendre des pêcheurs qu’ils possèdent des SEL tels et qu’ils comprennent suffisamment l’écologie pour dégager ces attributs, car le contenu stomacal des espèces cibles d’intérêt commercial est rarement examiné, et si les pêcheurs interagissent avec les écosystèmes, c’est essentiellement pour gagner leur vie.

Mais est-ce que ce n’est pas justement ce à quoi l’on devrait s’attendre une fois qu’on s’est dépêtré du charabia pseudo-scientifique dont certains chantres véhéments et illuminés des SEL ne cessent de nous rabattre les oreilles ? Or c’est bien le bon sens qui aidera les peuples autochtones à obtenir leur dû devant les tribunaux ! (6)

Notre deuxième article « Pourquoi le requin n’est-il pas un animal ? Réflexions sur les catégories d’organismes vivants en Océanie » de Thomas Malm, collaborateur désormais régulier de notre publication, touche également à cette problé-matique générale de la qualité de la conception et de la réalisation des projets de recherche. Une classification rigou-reuse des idées exprimées ici est aussi importante sur le plan conceptuel que pour l’élaboration et la réalisation des projets de recherche car « il existe un puissant lien linguistique entre les termes relatifs à l’exploitation des ressources marines et les catégories d’organismes vivants ». Alors efforçons-nous de trouver le mot juste et de nous y tenir. Amen !

Kenneth Ruddle

 

  1. Il s’agit de la dixième réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique, qui constitue l’organe direc-teur de ladite Convention.
  2. On parle également de « savoirs écologiques traditionnels » ou de « savoirs écologiques des populations autochtones ».
  3. Constructing confidence: On the importance of rational skepticism and systematic enquiry in local ecological knowledge research. Ecological Applications 20(3):880–894.
  4. Incorporating local knowledge into education for the management of nearshore capture fisheries.
  5. What is ‘ecological’ in local ecological knowledge ? Lessons from Canada and Viet-Nam. 2011.
  6. Voir par exemple : Ruddle, K. 1995. The role of validated local knowledge in the restoration of fisheries property rights: The example of the New Zealand Maori. p. 111–120. In: Property rights in a social and ecological context: vol. 2. Case studies and design applications. Hanna, S. et Munasinghe, M. (eds). The Beijer International Institute of Ecological Economics et la Banque mondiale. Stockholm et Washington D.C.  Voir également : Ruddle, K. 2007. Wronging rights and righting wrongs. p. 215–228. In: Globalization: Effects on Fisheries Resources. Taylor W., Schechter M. et Wolfson L. (eds). Cambridge : Cambridge University Press.

Sommaire

"Qu’est-ce que ça dit sur nous ?" – recherche en sciences sociales et peuples autochtones – le cas des Paq’tnkek Mi’kmaq
McMillan L.J., Davis A. (pdf: 847 KB)
Pourquoi le requin n’est-il pas un animal ? Réflexions sur les catégories d’organismes vivants en Océanie
Malm T. (pdf: 104 KB)
 

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