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Lundi 21 mai 2012, Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (CPS), Suva, Fidji
Les responsables du Projet FACT de la CPS font le point sur les enjeux et les débouchés potentiels.
Que doivent faire les producteurs agricoles et forestiers du Pacifique pour avoir accès à une économie chinoise en plein essor et à un marché où la demande de denrées alimentaires et de produits ligneux ne fait que croître ? Telle est la question qui préoccupe les agents du Projet de Facilitation du commerce de produits agricoles (Projet FACT, financé par l'Union européenne). En mars, M. Lex Thomson, Coordonnateur du projet, s'est rendu à Pékin pour y recenser les marchés susceptibles d'intéresser les entreprises océaniennes, et a consulté les spécialistes du bureau de Pacific Islands Trade and Invest (PT&I - Office océanien de promotion du commerce et de l'investissement) implanté dans la capitale chinoise.
Valeur élevée, créneaux porteurs
À Pékin, Lex Thomson s'est entretenu avec M. Sam Savou, le Conseiller commercial qui dirige le bureau Pacific Islands Trade and Invest en Chine. D'après ce dernier, le marché chinois offre aux exportateurs océaniens des créneaux très lucratifs sur lesquels ils peuvent espérer vendre des produits très divers, dont les fruits tropicaux hors saison, du café bio, du miel, du poisson et des produits spécialisés à base de bois de feuillus.
Pour réussir, il faudra résoudre un certain nombre de problèmes liés, entre autres, à la logistique des transports et aux protocoles commerciaux, sans oublier la rude concurrence des pays du Sud-est asiatique. Il faudra en outre mener des campagnes de commercialisation de haute qualité.
Les débouchés
À l'heure actuelle, les exportations océaniennes sont dominées par le bois rond de Papouasie-Nouvelle-Guinée et des Îles Salomon, exporté en grandes quantités à des prix relativement modérés. Par exemple, les exportations de bois rond de ces deux pays représentaient environ 3,4 millions de m3 pour une valeur de 393 millions de dollars É.-U. en 2010. Les perspectives sont également très prometteuses pour les produits ligneux de plus grande valeur, notamment les bois durs et lourds de couleur s'apparentant au rouge, respectivement connus sous les noms génériques hong mu (ébène) et tan mu (bois de santal).
« Il existe un très gros marché et une demande insatisfaite pour ces bois, mais les pays océaniens ont actuellement des difficultés pour fournir en raison de la pénurie d'arbres adultes », dit M. Thomson.
Le marché des espèces forestières à forte valeur marchande, comme le teck, l'acajou et les bois autochtones durs et lourds, offre également d'excellentes possibilités.
Cependant, M. Savou rappelle que les États et Territoires insulaires océaniens devraient être plus efficaces au niveau de la commercialisation et insister sur la haute qualité de leurs produits ligneux auprès des consommateurs et des importateurs chinois pour obtenir de meilleurs résultats économiques.
La Chine offre également un autre marché en pleine expansion et potentiellement très lucratif dont pourraient profiter les pays océaniens, celui des produits bio. Depuis le milieu de cette première décennie du nouveau millénaire, le marché chinois du bio a connu une évolution rapide pour atteindre une valeur qui dépasse largement le milliard de dollars É.-U. Les denrées alimentaires moins périssables, comme la pâte de piment, le miel et le café sont également prometteuses, dit M. Thomson.
« Par exemple, un kilo de miel de Nouvelle-Zélande d’assez faible UMF se vendait 590 yuan (163 FJD) dans un supermarché haut de gamme de Pékin » ; (le facteur unique de Manuka (UMF) est une propriété antibactérienne du miel de Manuka).
Pacific Islands Trade and Invest s'attache actuellement à faciliter les exportations sur le marché du café, avec un premier fournisseur de Papouasie-Nouvelle-Guinée qui vend du café vert à un torréfacteur chinois.
Fier d'une longue tradition, le marché chinois des plantes médicinales pourrait offrir des débouchés à des produits océaniens comme le kava et l'huile de coco. Comme l'explique M. Thomson : « Il serait intéressant de faire une étude de marché pour du kava commercialisé sous forme de comprimés ou de poudre soluble instantanée, ou encore d'un produit lyophilisé à partir d'un extrait hydrosoluble, comme le produit expérimental qui a été développé à Vanuatu ». M. Savou ajoute que le noni, plante médicinale traditionnelle en Océanie, est en train de se faire une place sur le marché chinois.
Pour M. Thomson, l'huile de coco vierge devrait trouver des débouchés sur le marché des aliments diététiques. Cependant, il faudra peut-être la désodoriser ou la conditionner en comprimés mous afin de la rendre plus facilement acceptable pour la majorité des consommateurs chinois.
Selon M. Savou, l'exportation de fruits tropicaux hors-saison, tels que la papaye et la mangue, pourrait connaître de beaux jours à Hong Kong, à Pékin et à Shanghai pendant les mois d'hiver chinois (novembre à mars). Il cite l'exemple de la société Produce Specialities Limited, qui exportait avec succès des papayes fidjiennes à Hong Kong avant les inondations de 2012. Pendant le reste de l'année, les pays océaniens devraient cependant faire face à une forte concurrence de la part des pays du Sud-est asiatique.
L'exportation d'ignames serait également envisageable, ce qui pourrait être confirmé par une étude de marché.
Les viandes bio, comme l'agneau et le porc fermiers, devraient également trouver preneurs. Au passage, il se pourrait qu'un marché lucratif existe en Chine méridionale pour la viande de mangouste des Fidji, mais il faudrait commencer par vérifier la légalité de ce commerce, étant donné que la sous-espèce de mangouste endémique en Chine est menacée. La petite mangouste d'Asie est très prisée de certains consommateurs chinois aux Fidji.
Les poissons et les fruits de mer s'exportent très bien vers la Chine. À Hong Kong, la saumonée (donu en fidjien) se vend dix fois plus cher au détail en Chine qu'aux Fidji. Quant à la bêche de mer, elle trouve un marché établi de longue date et très lucratif. L'Histoire nous enseigne d’ailleurs que les Européens et d'autres explorateurs ont voyagé jusqu'en Océanie à la recherche de bêche de mer et de bois de santal.
Des défis pour les exportateurs océaniens
Pour un exportateur qui souhaite faire affaire en Chine, les défis sont nombreux.
« Nous devons élaborer un argumentaire persuasif et donner aux importateurs et aux distributeurs chinois de bonnes raisons d'acheter des produits océaniens, qui coûteront normalement plus cher », explique M. Savou.
« Les exportateurs du Pacifique devraient cibler des créneaux sur le segment supérieur du marché, comme celui des produits certifiés bio », ajoute-t-il.
Ils devraient également cibler des marchés d'une taille adaptée à leurs possibilités, et sélectionner avec le plus grand soin le bon importateur ou distributeur, celui qui est prêt à participer à des campagnes de commercialisation conjointes.
L'image de marque des produits destinés aux marchés créneaux est essentielle pour permettre aux exportateurs océaniens d'obtenir de meilleurs prix. « Nous avons besoin de créer une image de marque générique pour «L’Océanie » d’abord et, ensuite, pour les produits », précise M. Savou.
C'est dans cette optique que PT&I collabore actuellement avec CCTV (Télévision centrale Chine) à la production d'une série documentaire qui présentera la région du Pacifique à quelque 900 millions de téléspectateurs chinois.
Il faudra également prévoir des étiquettes en mandarin comme l'exige la règlementation chinoise, notamment pour la vente au détail.
Les tarifs douaniers posent également problème. Actuellement, les droits de douane qui frappent les exportations de plusieurs pays océaniens sont de l'ordre de 15 % à 25 %, alors que les produits des pays membres de l'ANASE (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) en sont exemptés.
Ces droits sont moins élevés pour les produits de certains pays, comme le Samoa et Vanuatu. Ils varient alors entre 10 % et 15 %, et près de 200 produits en sont totalement exemptés.
« En outre », ajoute M. Savou, « les pays doivent mettre en œuvre des protocoles de contrôle zoo et phytosanitaire bilatéraux pour pouvoir mettre en place un commerce de produits agricoles ».
Les Fidji travaillent actuellement à l'élaboration d'une liste de 200 produits qui pourraient faire l'objet d'arrangements préférentiels.
« Pour les Fidji, inclure les produits agricoles et forestiers qui font déjà l'objet d'un commerce, ainsi que tous les produits dont l'exportation serait commercialement viable, revêt une importance capitale », dit M. Thomson.
Mis en œuvre par le Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (CPS), le Projet de facilitation du commerce de produits agricoles vise à développer les exportations de produits agricoles et forestiers des 14 États ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) du Pacifique.
Pour tout renseignement complémentaire, s'adresser à Rajan Sami (
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), Projet de facilitation du commerce de produits agricoles, Secrétariat général de la Communauté du Pacifique.
Sam Savou (Conseiller commercial, PT&I) et Yolanda Jiang (Chargée du développement des exportations, PT&I) dans un marché de Pékin (Chine). Photographie : CPS.
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