Dengue : la menace perdure
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À l’échelon
international, on admet que la dengue représente une menace
grandissante (DengueNet, 2007). Une épidémie de dengue peut
avoir des conséquences désastreuses. Dans un récent point
sur la maladie publié sur ProMED (35 –18 septembre 2007), un
article du Cebu Daily News (Philippines) révèle que :
« les autorités sanitaires de la ville de Cebu vont
recommander que l’état d’urgence sanitaire soit décrété dans
deux quartiers de la ville de Cebu, après que la dengue ait
coûté la vie à sept enfants en moins de deux mois ».
Dans notre
région, la dernière grande flambée régionale de dengue 1 a
frappé 16 États et Territoires insulaires océaniens (ETIOs)
entre 2000 et 2005, en touchant, dans certains cas, jusqu'à
20 pour cent de la population. Cet épisode épidémique a
notamment eu des effets dévastateurs sur les économies
fragiles de ces pays.
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Photo: Service Municipal
d'Hygiène de la ville de Nouméa |
Les épidémies de
dengue qui sévissent actuellement aux Îles Cook, en Polynésie
française, aux Samoa américaines, à Palau et à Yap, ainsi que la
propagation du virus de la dengue dans d’autres pays insulaires
(comme illustré dans ce bulletin), montrent que la menace plane
toujours sur la région. Elles soulignent également la nécessité
qui s’impose aux États Territoires insulaires océaniens de
rester vigilants et de s’assurer que leurs systèmes d’alerte et
de riposte sont en place et qu’ils leur permettent de lutter
efficacement contre la dengue.
Il convient de noter que les
épidémies qui sévissent aux Îles Cook et en Polynésie française sont
dues au sérotype 1, bien que ce type de dengue circule dans la région
depuis 2000 et qu’il ait déjà provoqué d’importantes flambées dans de
nombreux ETIOs, y compris dans ces deux derniers. Étant donné qu’un
individu ne peut contracter deux fois le même type de dengue, il va de
soi qu’il reste encore des personnes vulnérables au sérotype 1 dans ces
deux pays. Cette situation montre également que tant qu’il existera une
population à risque et un vecteur potentiel, nul pays insulaire océanien
ne sera à l’abri d’une épidémie.
Par ailleurs, les voyageurs
en provenance des pays infectés peuvent introduire de nouveaux types de
dengue dans la région. Le 27 septembre dernier, l’État de Yap (États
fédérés de Micronésie) a déclaré six cas confirmés de dengue 2 sur le
serveur PacNet (voir le rapport qui figure dans ce numéro). D’autres cas
de dengue 2 et de dengue 4 ont également été enregistrés à Palau en
début d’année. La dengue 2 n’a pas circulé dans la région depuis 1999.
Ce numéro commence par faire
le point sur la situation de la dengue dans la région du Pacifique, en
s’inspirant des données de 2006 et 2007. La plupart de ces informations
proviennent de PacNet. C’est pourquoi nous tenons à remercier tous les
pays et territoires insulaires océaniens qui communiquent leurs rapports
de surveillance et signalent toute flambée de dengue sur ce réseau.
Véritable mine d’informations, PacNet permet de suivre la propagation du
virus et d’évaluer la menace qui pèse sur la région océanienne, comme le
montre la figure dans les pages "En Bref". Néanmoins, nous pensons que les
informations postées sur cette liste ne sont pas exhaustives. Nous
aimerions pour cette raison encourager les autorités sanitaires de tous
les pays insulaires océaniens à y diffuser leurs rapports sur la dengue,
sans délai autant que possible. Cette démarche permettra aux
professionnels de la santé de se tenir informés de la propagation du
virus de la dengue à l’échelon régional et, au-delà, de mieux contrer
les éventuelles épidémies.
Ce numéro propose ensuite
une série d’articles décrivant des mesures novatrices de prévention et
des stratégies de lutte contre la dengue mises en place dans la région.
L’un d’eux nous vient tout droit de Polynésie française et étudie très
précisément la flambée de dengue 1, en détaillant le contexte
épidémiologique, les stratégies déployées pour lutter contre la maladie
et les aspects qui nécessitent d’être améliorés.
La Nouvelle-Calédonie nous
fait également partager son expérience au travers de deux articles qui
recensent toute la gamme de mesures mises en place pour éviter qu’une
épidémie de dengue n’éclate. Complexe, le dispositif calédonien est
néanmoins efficace et fait appel à tous les maillons de la chaîne de
médecine préventive et curative. Il a également prouvé l’utilité de la
caméra thermique acquise après la flambée de dengue 1 de 2003 et
destinée à contrer une éventuelle pandémie de grippe (64 pour cent des
cas de dengue importés ont ainsi été dépistés à l’aéroport du 1er avril
au 19 août 2007).
Bien que Wallis et Futuna
n’ait enregistré aucun nouveau cas de dengue depuis mai 2004 (tant mieux
pour eux !), le Territoire nous propose un rapport fort intéressant qui
donne un bon exemple d’utilisation du système d'information géographique
appliqué à la démographie (PopGIS) pour parfaire la surveillance
entomologique (le logiciel PopGIS a été développé par nos collègues de
la Section démographie-population de la CPS). Cet article décrit par
ailleurs la toute récente initiative du laboratoire de l’Agence de
Santé, axée sur la détection de l’antigène NS1 du virus de la dengue.
Vous trouverez ci-après de plus amples informations sur cette méthode.
L’Australie, où des
épidémies de dengue surviennent régulièrement, dresse un vaste panorama
des stratégies de lutte antivectorielle mises en œuvre dans le pays.
Pour éradiquer la maladie, ces stratégies sont associées à un dispositif
agressif et sophistiqué de surveillance épidémiologique.
Dans la région du Pacifique
Nord, Yap est actuellement confronté à une épidémie causée par le virus
Zika. Ce dernier, un flavivirus de la même famille que celui de la
dengue, se transmet également par les moustiques du genre Aedes.
Il peut donc toucher tous les pays insulaires océaniens qui abritent ces
vecteurs. Nous avons reproduit la brochure sur le virus Zika élaborée
par le Département des services de santé de l’État de Yap. Elle comprend
notamment des informations à l’intention des cliniciens et autres
professionnels de la santé.
En avril 2007, un message
posté sur le serveur PacNet faisait état de plusieurs cas de résultats
faux positifs au test rapide PanBio de dépistage du virus de la dengue,
observés aux Îles Fidji, au Samoa et en Australie. Nous avons donc
demandé à nos collègues australiens du laboratoire des Services
scientifiques et sanitaires du Queensland (laboratoire de niveau 3 du
réseau LabNet) de nous faire part de leur expérience vis-à-vis de ce
test. Le spécialiste des techniques de laboratoire de la CPS nous donne
également un bref aperçu des méthodes de dépistage utilisées pour
diagnostiquer la dengue. Ce panorama inclut les derniers produits
disponibles sur le marché (test d'agglutination de particules Pentax et
test sur bande réactive Bio-Rad NS1) ainsi que les essais de validation
réalisés pour évaluer la fiabilité des tests de dépistage de la dengue.
Ce numéro présente en outre
les dernières initiatives prises par les partenaires du ROSSP, la CPS,
l’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie et l’Institut Louis Malardé de
Polynésie française pour renforcer la surveillance des vecteurs et la
capacité des États et Territoires insulaires océaniens de lutter contre
la maladie. Avec ce projet, les pays insulaires océaniens pourront non
seulement faire face aux flambées de dengue, mais aussi prévenir leur
apparition. Il inclut notamment une composante axée sur la mise en place
de stratégies efficaces de mobilisation des populations.
Enfin, nous avons inclus à
la fin de ce numéro une sélection d’articles et de documents de
référence. Le nombre d’articles publiés dans le bulletin
Inform’ACTION et consacrés au virus de la dengue montre bien
l’étendue du problème que pose la maladie dans la région.
C’est à l’occasion de la
dernière réunion du Groupe de coordination du ROSSP, qui a eu lieu en
mars, que l’idée de consacrer une édition spéciale d’Inform’ACTION
à la dengue a vu le jour. Elle s’est concrétisée face à l’inquiétude des
Ministres de la santé des États et Territoires insulaires océaniens,
exprimée dans l’Engagement de Vanuatu (voir encadré dans la rubrique ‘ROSSP
Actualités’).
Ce numéro mentionne une
série de mesures et de programmes qui ont permis de lutter efficacement
contre la dengue et qui pourraient être transposés dans d’autres pays
insulaires océaniens. Pour des raisons financières ou par manque de
ressources humaines, certains dispositifs complexes, comme l’utilisation
de caméras thermiques, pourront difficilement être mis en place dans la
plupart des États et Territoires insulaires océaniens. Les pays
intéressés pourraient néanmoins adopter des méthodes similaires en
utilisant des appareils de mesure de la température corporelle externe
moins onéreux.
Nous tenons à remercier
sincèrement tous ceux qui ont contribué à l’élaboration de ce
vingt-septième numéro. Nous espérons que ce dernier servira à alimenter
la réflexion au sein des membres du ROSSP et qu’il débouchera sur de
nouvelles stratégies de prévention et de lutte contre la dengue à
l’échelon régional.
Étant donné que ce numéro
est une édition « spéciale », nous avons voulu profiter de l’occasion
pour modifier la mise en page du bulletin Inform’ACTION. Nous
serions heureux de recueillir vos remarques sur cette nouvelle
disposition ainsi que sur le contenu du bulletin lui-même, qui reste
bien évidemment prépondérant.
Christelle Lepers
Chargée de
l’information sur la surveillance de la santé publique
CPS
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