Inform'ACTION n°31

                                        December / décembre 2009

ISSN 1029-3396

© Copyright CPS 2009

 Information for action / Information pour action

Inform'ACTION est le bulletin bilingue (anglais/français) du Réseau océanien de surveillance de la santé publique (ROSSP), réalisé par la section Surveillance de la santé publique et lutte contre les maladies transmissibles de la CPS. Il contient des informations et des nouvelles sur les activités de surveillance de la santé publique dans les États et territoires insulaires du Pacifique. Les premières priorités du ROSSP sont les maladies transmissibles, particulièrement celles à potentiel épidémique.

Imprimé à la CPS (Nouméa) avec le concours financier de la France et de NZAID (Projet PREPARE).

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Sommaire

  Articles en pdf

Éditorial

Surveillance & Réponse à la grippe pandémique A(H1N1) 2009 dans les États et Territoires insulaires océaniens

Les centres de traitement de la grippe en Nouvelle-Calédonie
Martine Noel
 

Surveillance de la grippe A (H1N1) à Palau, Mai–Septembre 2009
Laura McDonald


La grippe H1N1 on Guam
Annakutty Mathew and Robert L. Haddock

Tokelau
Aucun cas de grippe A (H1N1) n'a été déclaré
 Lee Pearce



Situation épidémiologique de la grippe A (H1N1) pdm en Polynésie française – Point au 21 octobre 2009
Henri-Pierre Mallet, Elise Daudens, Antonio Chee-Ayee, Hervé Vergeaud, Eddy Frogier, Jean-Paul Pescheux, Bernard Le, Stéphane Laster
 

Description de l'épidémie de grippe A (H1N1) sur l'île de Moorea de août à octobre 2009
Philippe Biarez

Bilan des mesures prises au centre pénitentiaire de Nuutania (Tahiti) dans le cadre de l’épidémie de grippe A (H1N1) pdm 2009 (septembre 2009)
Hervé Vergeaud, Elise Daudens, Martine Boisson,
               Eric Duverger

Rapport sur la situation de la grippe H1N1 2009 au Samoa
25 août 2009

Surveillance des syndromes grippaux et de la grippe pandémique A (H1N1) aux Îles Salomon - Situation au 11 octobre 2009 - Holland Teika et Chris Bishop

Surveillance des maladies transmissibles aux Îles Salomon - Allison Sio et Chris Bishop

 

Décès parmi les cas confirmés de grippe pandémique H1N1 (2009) dans les États et Territoires insulaires océaniens, 2009
              
Jennie Musto Jacob Kool, Boris Pavlin, Christelle Lepers





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La grippe pandémique A (H1N1) 2009: leçons et vigilance!

Finalement, la pandémie est arrivée. Elle était aussi attendue que redoutée. On tremblait devant une mutation de la grippe aviaire H5N1 quelque part en Asie, où les dernières pandémies ont probablement commencé. Mais non, la pandémie a commencé au Mexique et s’est vite propagée aux Etats-Unis d’Amérique. Presque par ironie pour ce pays riche, bien préparé et référence connue en surveillance et lutte contre les maladies!

Vu son mélange génétique, on l’a d’abord surnommée « grippe porcine », malgré qu’elle n’ait été détectée dans aucun porc auparavant. Depuis, ces animaux ont été infectés ici et là par les humains. Cela n’a pas empêché certains pays et personnes de prendre ce nom inapproprié trop à la lettre et de s’en prendre à ce malheureux animal et à son commerce.

Au début, on la soupçonnait sévère, comme toute maladie émergente, les cas graves ayant été les premiers détectés. Mais elle semble avoir une sévérité modérée, atténuée par les activités de riposte préparées ces dernières années par les différents pays.

Elle se comporte néanmoins comme une grippe pandémique dans la mesure où elle élimine les grippes saisonnières sur son passage, atteint en général des groupes d’âge plus jeunes, frappe plus durement des populations autochtones souvent défavorisées et envoie à l’hôpital ou à la morgue des personnes sans aucun facteur de risque.

Beaucoup d’Etats et territoires de la région ont essayé de retarder


son entrée par des contrôles aux frontières. Peut-être ont-ils réussi pendant quelques semaines. Difficile à dire, notamment parce que la définition de cas initiale pour la détection des malades infectés ne couvrait souvent pas les cas consécutifs à une transmission locale. La grippe a quand même fini par investir la place avec une bonne épidémie et, malheureusement, quelques décès.

On se retrouve actuellement avec un taux de mortalité rapporté bas pour la région océanienne (0,002 ‰). La question se pose de savoir si tous les cas de décès dus à la grippe ont bien été détectés. Même si seule la moitié des décès par la grippe pandémique a été rapportée, le taux de mortalité reste néanmoins très faible pour cette première vague. Il serait malgré tout intéressant de voir la magnitude des décès non attribués à la grippe et de les analyser.

Cette pandémie nous donne l’occasion unique d’un exercice en temps réel de notre préparation des années précédentes. Elle a entre autres permis d’en démontrer les points faibles, notamment en ce qui concerne: les tests de laboratoires — problèmes qualitatifs pour les tests rapides, limitation des quantités d’échantillons analysables pour la PCR et un peu des deux (problèmes qualitatifs et quantitatifs) pour l’immunofluorescence (IF) — ainsi que les difficultés et coûts d’envoi aux laboratoires de référence pour certains pays, l’état de préparation des secteurs autres que ceux de la santé, la communication de messages appropriés aux divers groupes de population afin de les inciter à changer certains de leurs comportements, et l’état d’épuisement de certains groupes de travailleurs de la santé face au travail engendré par la pandémie.

De fait, les tests rapides n’ont jamais été excellents et ont, dans la région, toujours été conseillés plutôt pour des activités de surveillance des populations ou de détection de flambées: des personnes multiples correspondant à une définition de cas sont testées, et les chances d’avoir un ou plusieurs résultats positifs sont plus grandes en cas d’infection. Mais jamais pour essayer de confirmer des rares cas individuels — et ce pour quelque test rapide que ce soit. C’est pourtant ce qui a été fait au début de la pandémie, quand les pays étaient indemnes et voulaient s’assurer que des cas symptomatiques importés étaient ou n’étaient pas infectés.

La qualité des échantillons reste elle aussi primordiale: ils doivent être bien prélevés, au niveau du nasopharynx, et conservés de façon adéquate s’ils ne sont pas soumis au test tout de suite. Il semble que le laboratoire de Wallis a réussi à avoir d’excellents résultats avec les tests rapides en respectant bien les procédures de qualité.

Des problèmes similaires se posent aussi pour l’IF. Bien que plus sensible en général que les tests rapides, elle dépend également de la qualité des échantillons, nécessite une bonne expérience de la lecture des lames en IF et requiert plus de temps de travail.

La PCR, méthode la plus sensible et de référence, est, tout comme l’IF, demandeuse en expertise et en temps, et la quantité des échantillons qui peuvent être analysés journellement est limitée.

La préparation et la riposte des secteurs autres que ceux de la santé ont été variables, surtout quand on s’est rendu compte que ce n’était pas une grippe très différente des grippes « normales »: cette riposte est restée le privilège et le fardeau de la santé.

La communication a utilisé quelques canaux existants, mais de nombreuses populations, soit isolées, soit ayant leurs propres caractéristiques culturelles, auraient sans doute bénéficié de messages plus précis et mieux adaptés. Il est malheureusement difficile de dire ce qui a porté ses fruits dans les différents exercices de communication, et ce qui a échoué.

Quoiqu’il en soit, beaucoup sont fatigués d’entendre parler de cette grippe pandémique, mais l’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve: une bonne surprise serait la suppression définitive par cette grippe des autres grippes saisonnières, ou alors qu’elle devienne moins sévère, ou encore qu’elle reste sensible au traitement par les inhibiteurs de la neuraminidase. Les mauvais scénarios sont hélas eux aussi possibles: augmentation de la virulence par mutation ou réassemblage génétique, par exemple avec les virus H5N1, très redoutée par certains spécialistes de la grippe car pouvant donner naissance à un virus tueur, résistance accrue à tous les antiviraux ou encore dérive rapide du virus rendant les vaccins existants peu efficaces.

La plupart des États et territoires ont subi la 1re vague pandémique, mais il reste suffisamment de personnes qui n’ont pas été affectées par la grippe — et donc susceptibles de nourrir une 2e vague dans la région.

Il y a ainsi de bonnes raisons d’analyser les charges de travail des différents groupes de travailleurs de la santé, d’identifier les points de surcharge factuels ou potentiels nécessitant un renfort de main-d’œuvre ou une solution gestionnaire et essayer de mettre en place une meilleure répartition des tâches — pour cette pandémie grippale ou pour toute autre épidémie.

La vaccination, qui a commencé un peu partout avec pour cible les groupes prioritaires, est notre outil de prévention le plus efficace. Même si elle risque de ne pas couvrir toute la population, elle permettra d’éviter les dégâts et, si elle atteint ses objectifs, de limiter l’impact de la pandémie. Elle peut aussi s’avérer moins efficace si le virus évolue rapidement et échappe à l’immunité croissante de la population.

En conclusion, ce n’est pas fini, la pandémie circule, et le virus peut évoluer sans que nous puissions le prédire davantage. Autant de raisons d’être bien préparés et vigilants, et de s’assurer que les phases du plan de préparation contre une pandémie sévère sont opérationnelles en cas de nécessité.

Tom Kiedrzynski
Épidémiologiste, CPS


Félicitations et remerciements pour un remarquable partage d’expériences et d’information

Nous félicitons et remercions vivement nos nombreux collègues en provenance de Guam, Palau, Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Îles Salomon, Samoa et Tokelau, qui ont alimenté les colonnes de ce numéro fort intéressant et riche en expériences de terrain. Nous pensons consacrer un nouveau numéro à la pandémie et souhaitons inviter tous les autres États et territoires insulaires océaniens à partager leurs propres expériences avec leurs collègues du Réseau océanien de surveillance de la santé publique (ROSSP).

Afin de conserver l’authenticité des contributions et de montrer la réalité, nous n’avons pas uniformisé l’appellation de la grippe pandémique A (H1N1) 2009. Ainsi vous trouverez différentes appellations dans les articles: grippe pandémique A(H1N1) 2009, grippe H1N1, grippe A (H1N1) pdm, grippe H1N1 (grippe porcine), etc. Ces différences reflètent en quelque sorte la nouveauté et l’évolution de cette pandémie.

La rédaction
 

 

 

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Last updated on June 29, 2010