Énergie géothermique : un vecteur de développement économique durable à promouvoir dans le Pacifique selon la CPS

Suva

Les problèmes d’approvisionnement en énergie électrique sont l’un des principaux obstacles au développement dans le Pacifique, et l’accès à des sources d’énergies non polluantes et abordables soulève des difficultés encore plus grandes. Si les États et Territoires insulaires océaniens progressent indéniablement dans la maîtrise des énergies renouvelables, l’accès à l’électricité indispensable à la réussite des grands projets de développement demeure problématique. En Papouasie-Nouvelle-Guinée (PSG), le plus grand pays de la région, 12 % seulement de la population a accès à l’électricité (profil énergétique de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, 2016). Si rien n’est fait pour accroître fortement la capacité de production électrique de nombreux pays océaniens, les actions de développement de grande envergure en cours dans la région devront être revues à la baisse, ce qui ne sera pas sans incidence sur l’emploi, le bien-être des communautés océaniennes et la croissance économique.

Parmi les différentes options envisageables en Océanie en matière d’énergie renouvelable, l’énergie géothermique est l’une des plus prometteuses. Huit des pays de la région – Papouasie-Nouvelle-Guinée, Îles Salomon, Vanuatu, Fidji, Samoa, Tonga, Îles Mariannes du Nord et Samoa américaines – sont situés sur des marges tectoniques actives, dans des zones caractérisées par la présence de sources de chaleur sous des réservoirs géothermiques susceptibles d’être évalués et exploités en vue la production d’électricité. La valorisation de ces ressources favorisera la diversification du bouquet énergétique régional et contribuera à renforcer la sécurité énergétique des pays les plus peuplés de la région : les Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Îles Salomon et Vanuatu.

Contrairement aux combustibles fossiles, qui coûtent cher et génèrent des gaz à effet de serre indésirables, la géothermie est une source d’énergie renouvelable. Si elle requiert des investissements de départ élevés, la valorisation des ressources géothermiques offre néanmoins une source d’énergie de base fiable dont les coûts d’exploitation sont faibles, ce qui pourrait contribuer à renforcer la capacité des pays insulaires océaniens à rembourser plus rapidement leurs emprunts. La maîtrise de l’énergie géothermique permettrait de surcroît aux pays de la région de réduire, voire d’éliminer les émissions de carbone, en produisant de l’électricité à moindre coût, et de disposer ainsi d’une source d’énergie non polluante et abordable. La production directe de chaleur géothermique serait aussi un atout supplémentaire pour nombre d’industries et de secteurs d’activité (tourisme, séchage des récoltes, aquaculture et transformation des produits alimentaires, entre autres exemples).

La géothermie dans le Pacifique

Ces dix dernières années, des évaluations scientifiques de surface des ressources géothermiques ont été réalisées dans plusieurs pays insulaires océaniens (Fidji, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Îles Salomon et Vanuatu), tant par des experts externes que par des organismes publics. À l’issue de ces campagnes exploratoires, plusieurs sites de forage potentiels ont été recensés. La Division géosciences, énergie et services maritimes (anciennement Division géosciences) de la CPS a assuré la coordination et la gestion du programme régional d’évaluation des ressources géothermiques entrepris entre 1993 et 1995. En 2006, l’Institut néo-zélandais des sciences géologiques et nucléaires (GNS) a également procédé à une évaluation technique globale des ressources géothermiques de la région à partir de données accessibles au public et recensé le potentiel géothermique dans plusieurs pays insulaires océaniens*. Le groupe formé des six pays à potentiel géothermique (Papouasie-Nouvelle-Guinée, Îles Salomon, Vanuatu, Fidji, Samoa et Tonga) est appelé PacGeo 6.

Action de la CPS en faveur de la valorisation de l’énergie géothermique dans le Pacifique

En 2014, la Division géosciences a organisé un atelier régional sur la valorisation de l’énergie géothermique auquel ont assisté les représentants de trois des pays du PacGeo 6. La réunion a débouché sur la création du groupe de pilotage pour la géothermie dans le Pacifique (PGSG) ayant pour rôle de faciliter les activités de valorisation de l’énergie géothermique dans le Pacifique, et notamment de favoriser l‘échange d’information et de mobiliser des financements et des investissements. La CPS, par le biais de la Division géosciences, coordonne les activités du groupe.

Ces trois dernières années, la CPS s’est employée à promouvoir le développement de l’énergie géothermique dans le Pacifique lors de réunions régionales et internationales et a examiné diverses possibilités de coopération et de financement avec les bailleurs de fonds et les partenaires.

Tous ces efforts ont fini par susciter l’intérêt de la Japanese Business Alliance for Smart Energy Worldwide (JASE-W), qui a souhaité discuter avec la CPS et les pays membres du PacGeo 6 des activités de valorisation de l’énergie géothermique en cours en Océanie. Une équipe de la JASE-W s’est rendue à deux reprises, en 2015 en 2016, dans les six pays à potentiel géothermique de la région et s’est entretenue avec les principales parties prenantes concernées. Elle a également visité plusieurs sites géothermiques à Vanuatu, aux Îles Salomon et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Dans le même temps, la Banque mondiale fournit des conseils et une assistance technique aux Fidji et à Vanuatu dans le cadre de l’examen de leurs rapports annuels antérieurs, et s’est dite désireuse de travailler avec la CPS.

La CPS continue de plaider auprès des bailleurs de fonds et des partenaires du développement en faveur de l’exploitation de la chaleur géothermique en vue de la production d’électricité dans les pays insulaires océaniens. Le Service néo-zélandais de volontariat à l’aide technique (VSA) a d’ailleurs décidé de financer le recrutement de deux experts en géothermie : le premier sera basé à Suva et le second en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Enfin, l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA) et la Banque asiatique de développement (BAsD) ont exprimé le souhait de travailler avec la CPS afin de faire progresser les activités de valorisation de l’énergie géothermique dans la région.

* McCoy-West et al. 2011. Geothermal Resources in the Pacific Islands: The Potential of Power Generation to benefit Indigenous Communities.

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Auteur

Akuila Tawake