"Certains hommes pensent qu’ils peuvent se permettre ce type de comportement"

Suva

Le harcèlement sexuel : des femmes racontent

Maman de trois enfants, j’ai 36ans et je vends des fruits, des légumes et des plantes-racines sur le grand marché en ville. Mon plus jeune, un petit garçon, a quatre ans et je l’emmène parfois avec moi au marché quand ma belle-sœur ne peut pas le garder. Tous les mercredis, je me lève très tôt, avant même le lever du soleil, et un transporteur m’emmène au centre-ville. On s’arrête en route pour récupérer d’autres femmes des villages et, deux heures plus tard, on arrive à destination.

Nous dormons sur place tous les soirs jusqu’à la fermeture du marché le samedi, après quoi on peut enfin rentrer à la maison. Ce n’est pas une vie facile, mais nous n’avons pas le choix. Nous avons besoin de cet argent pour nos familles et pour envoyer nos enfants à l’école. Les autres femmes du marché m’ont raconté des histoires atroces: des hommes qui leur disent des trucs sexuels et qui les touchent, même si c’est un tabou très fort dans notre culture. Une fois, alors que j’avais mon fils avec moi, un homme m’a tenu des propos sexuels et m’a dit qu’il me donnerait de l’argent si je partais avec lui. J’ai planté mon regard dans le sien et il a laissé tomber, mais je me suis sentie vraiment mal ce jour-là et les jours suivants. Nous ne sommes que de petites marchandes, alors certains hommes pensent qu’ils peuvent se permettre ce type de comportement. Ils se croient au-dessus de nous, comme si nous n’avions aucune valeur.

Avant, le marché était vraiment un endroit dangereux pour les femmes, surtout la nuit, quand tout le monde dort. Il y a plusieurs années, quelques incidents ont eu lieu quand des hommes ivres sont parvenus à rentrer à l’intérieur du marché. Mais il y a deux ans, le conseil municipal nous a fait construire un abri. On peut donc dire que les choses commencent tout doucement à changer et à s’améliorer. Aujourd’hui, nous connaissons aussi mieux nos droits et nous avons créé une association qui relaie nos préoccupations. Notre association travaille avec le conseil municipal, qui tient compte de nos besoins dans ses projets et veille à la sécurité des femmes du marché. Nous avons le sentiment que, si nous travaillons ensemble, nous pouvons faire un peu bouger les choses. Nous avons le droit de nous faire respecter et de travailler à l’abri du danger.

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