« Me toucher sans permission, c’est du harcèlement sexuel »

Suva

Le harcèlement sexuel : des femmes racontent

« Me toucher sans permission, c’est du harcèlement sexuel »

J’ai 32ans et je suis aveugle de naissance. Depuis toute petite, je rêve d’avoir un emploi normal et de me rendre au travail chaque jour, comme tout le monde.

Il y a environ six ans, j’ai obtenu un poste de réceptionniste-standardiste dans un petit hôpital. Ce travail me plaît beaucoup! J’échange avec de nouvelles personnes tous les jours et j’ai noué quelques vraies amitiés à l’hôpital.

L’an dernier, un nouvel infirmier a rejoint le personnel de l’hôpital. Au début, il se comportait comme n’importe quel autre collègue: il se montrait poli et était gentil avec moi. Mes collègues avaient l’air de bien l’aimer; il a de l’humour et aime amuser la galerie.

Mais un jour, il a usé d’une familiarité excessive avec moi. Pendant sa pause déjeuner, il est venu me voir dans mon bureau. On a discuté un moment, puis il m’a dit que j’avais l’air tendue et que ma nuque semblait raide. Je lui ai répondu que j’allais bien, mais il s’est mis à me masser les épaules. Tout mon corps s’est alors crispé. Je n’aime pas être touchée par une personne que je ne connais pas. Avant de me toucher, on doit me demander la permission! Beaucoup de gens pensent que parce que je suis aveugle, ils peuvent me toucher. Or, ils se trompent! Lorsque je lui ai demandé d’arrêter, il a rigolé et m’a dit de me détendre, en glissant sa main sur ma poitrine, comme ça! J’ai donc poussé ma chaise en arrière pour lui faire comprendre ma désapprobation. Depuis, il continue de venir me voir. Je lui dis que je suis occupée, mais cela ne l’empêche pas de me tourner autour. Je suis très inquiète, car je ne sais pas jusqu’où il ira la prochaine fois.

J’aimerais en parler, mais je ne veux surtout pas perdre mon travail. Pour les personnes aveugles, les possibilités d’emploi sont peu nombreuses. Et puis, j’aime vraiment ce je fais. Je suis contente d’aller travailler chaque jour. Je ne sais pas quoi faire… Je ne veux pas faire de vagues. Une de mes collègues a remarqué que j’avais changé d’attitude et que j’avais l’air stressée. Elle m’a demandé si tout allait bien à la maison. Elle ne s’est pas rendu compte que mon comportement change dès qu’il est dans les parages.

Une fois par mois, je participe à un groupe de parole en ville. Nous parlons des problèmes que nous rencontrons, mais personne n’aborde jamais les questions de l’attouchement ou du harcèlement sexuel. Malheureusement, le silence est la règle. Je connais une personne en fauteuil roulant qui a connu les mêmes difficultés au travail; je le sais uniquement parce qu’elle s’est confiée à moi il y a deux ans.

Je veux que les gens sachent que lorsqu’ils me touchent sans me demander la permission, cela me met mal à l’aise. Je ne peux voir quelle est l’intention de la personne. J’ignore ce qui peut se passer; c’est parfois insupportable! Lorsqu’une personne s’approche tout près de moi, je l’entends. Je peux même l’entendre respirer. Me toucher sans permission, c’est du harcèlement sexuel. Cela ne se fait pas et cela doit cesser.

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