Des données réelles pour une expérience grandeur nature

Majuro

La demande de statistiques actualisées, fiables et ventilées sur le développement n’a jamais été aussi forte, nombre de pays étant tenus d’assurer le suivi des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD). Les données sur la consommation et les dépenses des ménages sont une composante essentielle des informations à fournir en réponse à ces besoins et jouent de surcroît un rôle clé dans l’élaboration des politiques économiques et sociales.

Dans le Pacifique, les données sur la consommation et les dépenses sont généralement recueillies dans le cadre d’enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages ; les participants à ces enquêtes sont invités à noter pendant deux semaines toutes leurs dépenses alimentaires quotidiennes dans un livre de compte. Or, les résultats de ces enquêtes montrent qu’en règle générale, les taux de réponse diminuent progressivement à mesure que l’on avance dans le temps. Cette situation peut être la conséquence d’un sentiment de lassitude chez les répondants ou de carences dans la gestion des enquêtes, deux facteurs qui ne sont pas sans incidence sur la qualité des données recueillies.

Les bureaux nationaux de la statistique et les partenaires du développement ont donc souhaité disposer de méthodes de collecte plus fiables favorisant la collecte de données de grande qualité. L’expérience présentée dans cet article avait précisément pour objet de tester de nouvelles méthodes susceptibles d’améliorer la qualité des données recueillies.

Selon Kristen Himelein Kastelic, statisticienne principale à la Banque mondiale, : « la communauté internationale attache une telle importance à l’éradication de la pauvreté extrême qu’elle en a fait son principal Objectif de développement durable. Or, en l’absence de données de grande qualité, il est impossible de savoir exactement où nous en sommes de la réalisation de cet objectif. Au niveau national, il est pourtant essentiel de recueillir des données de grande qualité si l’on veut que les programmes et les services soient dotés de ressources suffisantes et ciblent les personnes qui en ont le plus besoin ».

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Une enquêtrice s’entraîne sur sa tablette lors d’une formation de terrain organisée à Majuro en juin 2018.

Un cadre d’enquête idéal, mais néanmoins difficile

Depuis la mi-juillet 2018, la CPS, en collaboration avec le Bureau des politiques économiques, de la planification et de la statistique de la République des Îles Marshall, et avec le soutien financier et technique de plusieurs partenaires, pilote une expérience grandeur nature qui vise à actualiser les méthodes, les technologies et les bonnes pratiques de collecte de données applicables aux enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages dans le contexte océanien . Les Îles Marshall ont été sélectionnées pour accueillir le projet dans la mesure où elles offrent un cadre idéal pour ce type d’expérience : les activités économiques et les sources de revenu des Marshallais sont très diverses, et l’on relève des différences importantes en matière de dépenses et de consommation des ménages entre les zones urbaines et les zones rurales. Le contexte géographique reste cependant difficile, comme c’est le cas dans nombre de pays insulaires océaniens, et il faudra donc utiliser des technologies innovantes pour mener à bien le projet. Outre les méthodes conventionnelles de collecte reposant sur l’utilisation de formulaires papier, l’expérience fera également intervenir des outils numériques, et notamment des tablettes, qui serviront à la collecte des données, ainsi que des technologies satellitaires qui permettront de collecter des données dans les atolls les plus isolés de l’archipel et de les sauvegarder directement par le biais d’Internet.

Les opérations de terrain ont démarré cette semaine dans les six atolls du pays, les deux atolls urbains densément peuplés de Kwajalein et Majuro et les quatre atolls ruraux de la périphérie. La comparaison des résultats obtenus à l’aide de méthodes d’enquête conventionnelles et des technologies numériques permettra de recenser les méthodes les plus probantes et les plus économiquement efficaces de collecte des données nécessaires à l’élaboration des politiques économiques et sociales dans les pays insulaires océaniens. Le projet aura aussi un impact bénéfique dans le long terme, en contribuant au renforcement des capacités de l’EPPSO à mener des campagnes complexes de collecte de statistiques.

 

Actualisation des méthodes de collecte de données – une démarche coûteuse, mais indispensable

Bien que la majorité des pays insulaires océaniens aient adopté, depuis 2011, une méthode régionale normalisée d’enquête sur les revenus et les dépenses des ménages, l’expérience en cours aux Îles Marshall conserve tout son intérêt dans la mesure où elle va permettre de mettre à la disposition des pays de la région une autre méthode d’enquête qu’ils pourront choisir d’utiliser ou pas en fonction de leurs besoins.

Comme le souligne Ofa Ketuu, Directrice de la Division statistique pour le développement de la CPS : « appliquer des méthodes et des systèmes statistiques qui n’ont jamais été testés auparavant peut s’avérer à la fois complexe et coûteux, et les informations recueillies ne permettent pas toujours d’obtenir les résultats escomptés, à savoir des données de qualité produites à faible coût.

Les résultats de l’enquête expérimentale aideront les pays membres de la CPS à prendre des décisions éclairées quant à la méthode et au système de collecte de données à utiliser dans le cadre de leurs enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages. Il convient, dans toute la mesure possible, de tester et de valider les nouveaux systèmes et méthodes statistiques utilisés dans la région afin de s’assurer qu’ils répondent bien aux besoins et qu’ils sont appliqués conformément aux meilleures pratiques statistiques ».

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Des agents de terrain de l’EPPSO actualisent les listes des ménages résidant dans les différentes zones administratives du pays en vue de la sélection aléatoire de ceux qui participeront à l‘enquête.

L’enquête expérimentale sera aussi l’occasion de tester de nouveaux modules de questionnaire visant à rassembler des données complémentaires en réponse à la demande de données dynamiques. Grâce à ces nouveaux modules, il ne sera plus nécessaire de réaliser plusieurs enquêtes distinctes pour obtenir les informations souhaitées, puisqu’on pourra recueillir simultanément des données sur tous les aspects suivants :

  • produits alimentaires achetés et consommés hors du domicile (restaurants, plats à emporter, notamment) : les données empiriques disponibles montrent que, dans tous les pays océaniens, ces aliments sont une source importante de calories. Or, les registres des dépenses tenus par les ménages participant aux enquêtes ne permettent pas de mesurer avec précision la place que ce mode d’alimentation occupe dans leurs approvisionnements alimentaires ;
  • collecte de données plus complètes sur le marché du travail, ventilées par âge, sexe et type d’emploi ;
  • échelle de mesure de l’insécurité alimentaire vécue : cet outil permet de mesurer l’insécurité alimentaire modérée à grave telle qu’elle est vécue par les personnes touchées et d’en rendre compte au regard de l’indicateur 2.1.2 des ODD ;
  • degré d’exposition des ménages aux chocs liés à des changements environnementaux, économiques et sociaux préjudiciables, impacts de phénomènes tels que les sécheresses, les catastrophes naturelles et les évènements sociaux défavorables et attitude adoptée face à ces évènements ;
  • inaptitude à recenser les populations vulnérables, y compris les enfants et les femmes ; et 
  • recueil de données plus complètes sur la santé et les pêches.

 

De l’expérience de terrain à l’établissement de normes régionales

Une fois les activités de terrain achevées, les organismes techniques associés au projet s’attèleront à l’analyse des données afin d’en dégager des conclusions quant aux moyens les plus efficaces de recueillir des données sur la consommation des ménages, et de déterminer si les nouveaux modules répondent aux attentes des utilisateurs des données. Les conclusions et recommandations tirées de cet exercice seront ensuite présentées, début 2019, au Conseil océanien des méthodes statistiques, de création récente. La méthode retenue, sous réserve de l’approbation du Conseil, sera ensuite synthétisée et diffusée auprès de l’ensemble des pays insulaires océaniens, qui pourront l’utiliser dans le cadre de leurs prochaines enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages.

Contact :
Michael Sharp, Conseiller économique, Division statistique pour le développement, CPS | Courriel : [email protected] ou téléphone : +687 26 20 00 
 

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Statistiques pour le développement

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