Énergies vertes en Océanie : une solution pour un avenir meilleur

Nouméa

Force est de constater que les États et Territoires insulaires océaniens ne génèrent qu’une très faible part des émissions mondiales de gaz à effets de serre, ces gaz nocifs à l’origine du changement climatique. Pourtant, chaque année, ces mêmes États et Territoires importent pour un milliard d’euros de combustibles fossiles qui serviront au transport et à la production d’énergie. Si seulement les pays océaniens pouvaient allouer un tel montant aux énergies propres, imaginez toutes les perspectives qui s’ouvriraient à eux, tant sur le plan pratique que symbolique !

Grâce à l’esprit novateur des dirigeants océaniens, cette vision est plus que jamais en passe de se concrétiser.

Neutralité carbone dans le Pacifique : un objectif ambitieux mais réaliste

À l’occasion du 44e Sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays membres du Forum des Îles du Pacifique, tenu aux Îles Marshall en 2013, les dirigeants océaniens ont fixé pour tous les membres des objectifs en matière de réduction des émissions et d’énergies renouvelables. Cependant, leur véritable ambition ne se limite pas à de simples baisses ou améliorations. Depuis 2013, les pays océaniens ont considérablement renforcé leurs objectifs et se sont engagés en faveur de l’indépendance totale vis-à-vis des combustibles fossiles dans la région, pour ne plus recourir à terme qu’aux énergies renouvelables.

Ces engagements n’ont pas été pris uniquement pour se donner bonne conscience, puisqu’ils s’appuient sur un calendrier précis. Les Îles Cook, Niue et Tuvalu prévoient de dépendre exclusivement des énergies renouvelables d’ici 2020, et les Fidji, Vanuatu et les Îles Salomon se sont fixé le même objectif à l’horizon 2030. Tokelau a, de son côté, dépassé toutes les attentes et ne recourrait déjà plus qu’à des sources d’énergies renouvelables. Cette transition rapide vers les énergies vertes n’est finalement pas surprenante dans une région où le changement climatique affecte la vie des populations de manière toujours plus perceptible et préoccupante.

La Communauté du Pacifique (CPS) est la principale organisation membre du CORP en charge des questions de l’énergie. De ce fait, nous avons investi massivement dans des programmes et activités en vue de servir les ambitions de nos membres dans ce domaine. Approuvé par les ministres océaniens de l’Énergie en 2011, le Cadre d’action régional en faveur de la sécurité énergétique dans le Pacifique oriente toute notre action en la matière. La Division géosciences, énergie et services maritimes coordonne la plupart de nos activités dans le cadre du Programme géoressources et énergie.

Un aperçu de nos activités en cours révèle toute l’importance accordée par les membres de la CPS aux projets visant à promouvoir l’efficacité énergétique.

La CPS est le maître d’œuvre par excellence de nombreuses activités en cours, parmi lesquelles le Programme océanien d’étiquetage et de normes énergétiques pour les appareils électriques (PALS), le projet Enseignement et formation techniques et professionnels dans le Pacifique (PacTVET) et le programme Adaptation au changement climatique et énergie durable (ACSE). Nous participons également à la mise en œuvre du projet d’adaptation au changement climatique et de renforcement de la résilience dans le Pacifique (PACRES), au titre de notre Programme durabilité environnementale et changement climatique (DECC).

PCREEE : une initiative pleine de promesses

Le Centre océanien pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (PCREEE) constitue l’une de nos initiatives les plus intéressantes et les plus prometteuses. Implanté aux Tonga, ce centre est pour nous un nouveau moyen d’accroître la présence de la CPS dans les pays, de construire des partenariats stratégiques avec les membres et de favoriser le dialogue entre les acteurs des secteurs public et privé de l’énergie au sein d’un réseau mondial de centres régionaux d’excellence dans les domaines de l’énergie et de l’efficacité énergétique. 

Le modèle du PCREEE a rencontré un franc succès, attirant l’attention de partenaires et de bailleurs de fonds du monde entier. Le financement actuel du Centre provient de l’Agence autrichienne pour le développement, par l’entremise de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), et le Gouvernement norvégien vient d’annoncer un investissement supplémentaire de 2 millions d’euros.

Nous nous réjouissons également de collaborer avec l’Organisation maritime internationale (OMI) et le Programme régional océanien de l’environnement (PROE) à la création du Centre de coopération de technologie maritime pour le Pacifique (MTCC-Pacifique) à Suva, l’un des centres du réseau mondial MTCC. Ce centre a pour mission d’aider les États et Territoires insulaires océaniens à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre associées aux transports maritimes. Étant donné l’importance évidente de ce secteur dans le Pacifique, le MTCC-Pacifique devrait être au cœur du dispositif mis en place pour servir les ambitions de la région en matière d’énergies vertes.

La CPS continuera d’œuvrer dans ce domaine à travers de nouveaux projets en cours d’élaboration, parmi lesquels le projet Énergies durables et mesures d’accompagnement au profit des États fédérés de Micronésie, au titre du onzième Fonds européen de développement (11e FED), l’Observatoire océanien de l’énergie financé par la Banque mondiale, le Pacific Energy and Gender Network en faveur de l’égalité des sexes dans le secteur de l’énergie, ainsi que les initiatives en matière d’évaluation du potentiel énergétique des océans, d’inspection et de vérification des systèmes photovoltaïques, et de production de biogaz selon un modèle d’économie circulaire.

La CPS est certes le chef de file sur ces questions en Océanie, mais beaucoup d’autres acteurs dans de nombreux secteurs transversaux participent également à diverses activités visant à promouvoir les énergies vertes.

Le danger qui menace la région aujourd’hui n’est pas un manque d’intérêt pour les énergies vertes, mais plutôt une fragmentation des ressources et des financements limités accordés à la région à l’appui de ces objectifs de développement prioritaires. En effet, une concurrence pourrait naître entre de nombreux projets, dont le financement, l’efficacité et la viabilité seraient ainsi menacés.

Les investissements dans le secteur océanien des énergies vertes continueront de croître de façon exponentielle. En tant que région, nous nous devons d’assurer la bonne coordination, la complémentarité et la gestion optimale des projets et activités en la matière.

Si nous y parvenons, le Pacifique pourrait bien devenir la première région au monde à accéder à l’indépendance énergétique en se tournant vers les énergies vertes, et à offrir ainsi à ses habitants une solution pour un avenir plus prospère et plus durable.

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Auteur

Dr Colin Tukuitonga

Directeur Général (Nouméa)