Protection du climat et sécurité alimentaire dans les atolls coralliens et les îles basses

À l’horizon 2050, les terres actuellement disponibles devront fournir 60 % de nourriture en plus à une population en constante augmentation. Pour atteindre cet objectif, il faudra opter pour des solutions qui ne mettront pas en péril la santé des sols, les ressources en eau, la biodiversité, les services écosystémiques ou le climat, dont dépendent le bien-être et le développement des communautés. Or, les effets du changement climatique pourraient avoir un impact majeur sur la productivité agricole.

Les pays insulaires océaniens sont d’ores et déjà confrontés aux graves conséquences des phénomènes climatiques, comme en témoignent les dégâts causés par les cyclones, les inondations ou l’érosion, et les menaces qui pèsent sur les zones côtières. Par ailleurs, un grand nombre d’îles basses sont constituées de corail et de débris de coquillages compactés. Généralement pauvres en nutriments, les sols sont dégradés en raison de longues périodes de sécheresse et de la fragilité des réserves en eau, ce qui compromet la mise en place de systèmes de production agricole durables.

Ces conditions soulèvent des problèmes considérables pour les agriculteurs. Dans ces îles à l’environnement hostile, l’absence de légumes et de fruits frais peut entraîner des problèmes de santé, notamment des carences en micronutriments chez les enfants et une augmentation de l’incidence de l’obésité, du diabète et des cardiopathies chez les adultes.

Il est donc essentiel de prendre soin des terres et des ressources en eau, en veillant tout particulièrement à préserver durablement la santé des sols, pour assurer l’accès à la nourriture dans le contexte d’une chaîne alimentaire toujours plus tendue, en réunissant les conditions garantes d’une production respectueuse de la nature, et en renforçant la résilience aux pressions et aux chocs induits par les catastrophes naturelles et les pandémies.

Reconnue à l’échelle internationale pour ses compétences et son savoir-faire, la Communauté du Pacifique (CPS) œuvre à l’échange de connaissances et mène des recherches fondées sur des bases factuelles à l’appui de l’action climatique. L’Organisation, par le biais du projet PROTEGE, a entrepris toute une série d’activités en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis et Futuna pour promouvoir la transition vers des modes de production agroécologiques.

En 2021, un réseau de fermes de démonstration en agroécologie regroupant ces trois PTOM a été mis en place. Conçues dans un but pédagogique, ces fermes présentent des méthodes exemplaires de production biologique et agroécologique axées sur le renforcement de la biodiversité. Les actions de formation et d’expérimentation au champ qui y sont menées à des fins de renforcement des capacités offrent aux principales parties prenantes la possibilité de s’initier à des solutions innovantes, propres à renforcer la résilience des systèmes agricoles.

En Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis et Futuna, les principes d’agroforesterie sont en cours d’expérimentation sur 15 parcelles agricoles. Aux Tuamotu, un archipel de Polynésie française constitué d’atolls coralliens, la couche de terre dans laquelle les racines des plantes peuvent se développer est peu profonde. Les pratiques d’agroforesterie contribuent à une meilleure rétention de l’eau et améliorent la fertilité des sols, en favorisant la production de quantités accrues de matière organique. De plus, les parcelles cultivées en agroforesterie abritent une plus grande biodiversité, et leur rendement s’en trouve amélioré. À ce jour, six agriculteurs de deux îles des Tuamotu (Rangiroa et Fakarava) sont associés à ces projets pilotes. À Wallis et Futuna, un projet similaire est en cours sur six parcelles agricoles. 

Parmi les projets pilotes très divers mis en œuvre dans la région en réponse aux enjeux d’adaptation au changement climatique, les fermes de démonstration en agroécologie sont un outil essentiel de préservation de la biodiversité et contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations, en ce qu’elles permettent aux agriculteurs de renforcer leur résilience au changement climatique en échangeant des connaissances et en confrontant leurs expériences.

Aujourd’hui, l’agriculture océanienne doit relever le défi qui consiste à produire, sur des sols dégradés ou pauvres en nutriments, de quoi satisfaire la demande croissante de nourriture. Les pays-atolls doivent donc examiner la manière dont les agriculteurs prennent leurs décisions et élaborent leurs stratégies d’adaptation aux conditions environnementales, afin de mieux comprendre pourquoi le choix de l’agroforesterie est désormais un impératif.

Pour en savoir plus sur les enjeux agricoles abordés dans l’émission Résilience (en français seulement – épisode 6) : https://www.youtube.com/watch?v=tduxbyJTi_4

À propos de PROTEGE

Le Projet régional océanien des Territoires pour la gestion durable des écosystèmes (PROTEGE) est une initiative qui vise à promouvoir un développement économique durable et résilient face au changement climatique dans les Pays et Territoires d’outremer européens du Pacifique (PTOM), en s’appuyant sur la biodiversité et les ressources naturelles renouvelables. Mis en œuvre par la Communauté du Pacifique et le Programme régional océanien de l’environnement (PROE), PROTEGE est un projet de coopération régionale qui intervient à l’appui des politiques publiques des quatre PTOM européens du Pacifique : Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis et Futuna et Pitcairn.

À propos de l’émission Résilience

Résilience est une émission télévisée de 26 minutes qui met en lumière les initiatives engagées par des hommes et des femmes de Polynésie française, de Nouvelle-Calédonie et de Wallis et Futuna en matière d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets. Elle est réalisée avec le concours financier de l’Union européenne. Son contenu relève exclusivement de la responsabilité de la Communauté du Pacifique et ne reflète pas nécessairement les points de vue de l’Union européenne.

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Division
Durabilité environnementale et changement climatique
Bureau régional pour la Mélanésie
Bureau régional pour la Polynésie

Auteur(s)

Angèle Armando

Chargée de communication, Projet PROTEGE

Maëva Tesan

Chargée de la gestion de l'information, de la communication et des connaissances