Construire l'avenir des systèmes alimentaires du Pacifique

Nouméa

Le Sommet sur les systèmes alimentaires, organisé le 23 septembre dernier à New York, a permis au monde entier de lancer une réflexion collective sur des solutions à l’un des grands défis de notre temps : transformer les systèmes qui rendent possibles une production et une consommation durables de denrées alimentaires.

Un tel défi revêt une importance toute particulière pour la région du Pacifique bleu. En effet, les systèmes alimentaires océaniens sont fortement tributaires d’une parfaite harmonie entre les communautés, la terre sur laquelle elles vivent et l’immensité de l’océan qui les entoure. On estime ainsi qu’entre 50 et 70 % des peuples de la région dépendent de l’agriculture et de la pêche, ainsi que des activités connexes, pour leur survie.

Cela fait des milliers d’années que les Océaniens assurent une gestion durable de leurs systèmes alimentaires, mais aussi des ressources terrestres et marines qui les soutiennent. Les communautés disposaient, et disposent toujours, d’un réseau fortement interconnecté d’échanges commerciaux et culturels, transmettant de génération en génération les savoirs traditionnels dans le domaine de l’agriculture et de la pêche. 

Aujourd’hui, ces savoirs et cette préservation s’associent à des connaissances scientifiques de pointe et à des mesures de gouvernance pour assurer une gestion durable des ressources halieutiques du Pacifique, par exemple, ou encore des ressources phytogénétiques. Il s’agit là d’un bien public de la région, mais aussi du reste du monde.

Les menaces s’accumulent pour les systèmes alimentaires du Pacifique, atteignant des niveaux de risque jamais vus auparavant. Le changement climatique et les catastrophes naturelles qu’il entraîne constituent des menaces de grande ampleur, du fait de l’augmentation du risque de parasites et d’agents pathogènes, ou encore du renforcement de la vulnérabilité à un faible niveau de sécurité hydrique.

En outre, la pandémie de COVID-19 a mis un coup d’arrêt aux exportations de produits horticoles et de thonidés de la région, qui constituent des ressources économiques essentielles pour l’Océanie : on estime en effet que plus de la moitié des thonidés consommés dans le monde ont été pêchés dans l’océan Pacifique occidental et central.

De même, les confinements et la forte baisse de la fréquentation touristique continuent d’affecter les communautés rurales qui fournissent des denrées aux marchés locaux, renforçant encore l’extrême dépendance de la région vis-à-vis des importations de denrées alimentaires, mais aussi la prévalence des maladies non transmissibles.

Dans ce contexte, le Sommet de New York sur les systèmes alimentaires a permis aux dirigeants océaniens de présenter les difficultés auxquelles la région est confrontée, mais aussi de montrer sa contribution au système alimentaire mondial, notamment grâce à des solutions novatrices ancrées dans la culture, le savoir et l’innovation.

La CPS a apporté un soutien actif à la participation de la région au Sommet : elle a accueilli une concertation régionale et a rassemblé l’expérience scientifique et technique de l’Océanie pour présenter les dernières données factuelles en date sur les systèmes alimentaires dans le Pacifique. Elle a également travaillé main dans la main avec ses partenaires des Nations Unies et du CORP, qui ont encouragé des concertations au sein de leurs États membres. 

Ce processus a principalement permis d’accroître la reconnaissance du rôle des « aliments bleus » sur la scène internationale et au sein des systèmes alimentaires. Ces denrées, déjà au cœur des régimes alimentaires et des traditions culturelles du Pacifique, sont extrêmement diverses à l’échelle mondiale, et constituent une arme de choix pour lutter contre le « triple fardeau de la malnutrition », à savoir la sous-alimentation, l’obésité et les carences en micronutriments. Le processus a également montré que l’écosystème des aliments bleus contribuait à l’ensemble des Objectifs de développement durable (ODD).

Un large consensus a été trouvé parmi les participants au Sommet pour, d’ici à 2030, mettre en place une alliance internationale des aliments bleus et accélérer la mise en œuvre, aux échelons national et régional, des nombreux accords et engagements déjà existants pour les aliments aquatiques. Au cours des mois à venir, la CPS prendra part, au nom de ses pays membres, au processus visant à constituer cette nouvelle alliance des aliments bleus, à lui conférer une base formelle et à la rendre opérationnelle.

La CPS est prête à aider ses membres à faire avancer ce programme de travail commun sur les systèmes alimentaires. Ces derniers constituant l’un des principaux axes du futur Plan stratégique de l’Organisation, nous mettons au point un programme intégré sur les systèmes alimentaires, qui rassemble nos capacités dans les domaines de l’agriculture, de la pêche et des sciences océaniques, ainsi que de la santé publique, du changement climatique et de la gestion des ressources en eau afin d’optimiser les services que nous proposons à nos membres.

Dans ce numéro d’Objectif Océanie, nous levons le voile sur les projets concrets mis en œuvre par la CPS pour aider les systèmes alimentaires du Pacifique à relever les défis actuels et à venir. 

Découvrez le numéro ici

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Stuart Minchin

Directeur général (Nouméa)

Avant de rejoindre la Communauté du Pacifique (CPS) le 23 janvier 2020 au poste de Directeur général, M. Stuart Minchin dirigeait la Division géosciences de l’environnement de Geoscience Australia, centre d’expertise du Gouvernement australien pour les sciences de la Terre et de l’environnement, où sont également conservées les données, informations et connaissances nationales dans ce domaine. Il a représenté l’Australie lors de grandes réunions internationales, et a en outre assuré les fonctions de délégué principal auprès du Comité d’experts des Nations Unies sur la gestion de l’information géospatiale à l’échelle mondiale (UNGGIM) et du Groupe intergouvernemental sur l’observation de la Terre (GEO).