L’esprit océanien de coopération, de consensus et de collégialité préside aux travaux du CRGA 50

Nouméa

Cette semaine, j’ai eu le plaisir d’accueillir les participants à la cinquantième session du Comité des représentants des gouvernements et administrations (CRGA 50), la toute première réunion du CRGA à se tenir en mode virtuel.

Les réunions virtuelles sont incontestablement très différentes des talanoa auxquels les représentants des pays membres participent d’ordinaire en personne. Nous avons malgré tout réussi à surmonter tous les petits soucis techniques rencontrés et avons pu débattre des nombreux problèmes urgents auxquels les pays insulaires océaniens sont actuellement confrontés.

C’est la première fois que je participais un CRGA depuis que j’ai pris mes fonctions de Directeur général de la Communauté du Pacifique. À mon arrivée, en début d’année, je savais que des défis m’attendaient. Pour autant, je crois pouvoir dire sans craindre de me tromper que l’impact de la crise de la COVID-19 dans la région a contraint la CPS à revoir ses modalités de travail dans des proportions qu’aucun d’entre nous n’aurait pu imaginer.

Je tiens à saluer le soutien sans faille que m’ont apporté en particulier trois personnes. Les directeurs généraux adjoints, Audrey et Cameron, m’ont aidé et soutenu tout au long de l’année en faisant preuve d’un grand professionnalisme et d’un engagement total. Je me dois de remercier également Efi Rex, dépositaire d’une grande partie de la mémoire institutionnelle de la CPS, qui a travaillé aux côtés de nombreux directeurs généraux au fil des ans et me fait profiter tous les jours de sa sagesse.

L’Océanie traverse actuellement ce qui pourrait bien être la plus grande crise qu’ait connu le monde depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans le même temps, la capacité de charge de la planète a atteint un dangereux point de basculement en raison du changement climatique. Les décisions que nous prenons revêtent donc plus que jamais une importante cruciale, et jamais les besoins en données et informations factuelles n’ont été aussi grands. Face à ces enjeux majeurs, les avis et les orientations formulés par les membres sont de la plus haute importance pour la CPS.

En dépit des problèmes et des difficultés rencontrées, je me félicite de constater que l’esprit océanien de coopération, de consensus et de collégialité continue de prévaloir, et je tiens à remercier les pays membres, nos partenaires et l’ensemble du personnel pour la détermination inébranlable avec laquelle ils s’emploient à servir l’Organisation et les populations océaniennes.

Dans le fond, cet engagement et cette détermination n’ont rien de surprenant ; ils ne sont que l’exemple le plus récent de la capacité de notre communauté à faire front face à des défis communs, dont l’histoire de la CPS est le meilleur témoignage.

La CPS, tout au long de ses 73 années d’existence, n’a cessé d’évoluer au gré d’événements d’ampleur mondiale et régionale qui l’ont façonnée et influencée. Ainsi :

  • La fin de la Seconde Guerre mondiale a été marquée par un renforcement de la coopération et de la collaboration entre les partenaires et les trois sous-régions d’Océanie, riches de leurs patrimoines culturels distinctifs : la Mélanésie, la Polynésie et la Micronésie.
  • Ces soixante dernières années, les démocraties insulaires ont gagné en maturité –
  • en accédant à l’indépendance, les pays de la région ont aussi gagné en autonomie, et leur influence politique collective s’est fortement accrue.
  • La création dans le Pacifique de plusieurs organisations régionales a contribué au développement du multilatéralisme face à l’émergence de nouveaux enjeux géopolitiques.
  • On a assisté à une prise de conscience de la réalité du changement climatique et de ses incidences sur les ressources, les îles et les communautés de notre région.
  • L’Océanie a été touchée par plusieurs crises alimentaires, pétrolières et économiques cycliques de dimension mondiale.

À sa création, la CPS, consciente que l’avenir de la région dépendait du renforcement des compétences et de l’amélioration des perspectives des populations océaniennes (soit près de 3 millions de personnes), s’est d’abord employée à appuyer le développement social et économique de la région en mettant plus particulièrement l’accent sur le renforcement des capacités, les soins de santé, l’agriculture, les pêches, la bonne gouvernance et l’amélioration des transports maritimes, qui constituent la moelle épinière de l’économie régionale et le fondement des échanges culturels.

Au fil des ans, des changements fondamentaux sont intervenus dans le Pacifique, avec notamment l’accession à l’indépendance des pays de la région, le développement des infrastructures commerciales et des télécommunications, l’accroissement démographique et l’urbanisation, l’émergence de nouveaux secteurs d’activité porteurs de développement, comme le tourisme, et la création d’organisations régionales qui ont accompagné le processus d’intégration régionale.

Pour autant, notre cœur de métier est demeuré inchangé : nous avons continué à nous investir dans des domaines comme la santé, l’éducation, la culture, le développement social, la résilience, les moyens d’existence, les ressources naturelles et le développement durable, au bénéfice des populations d’Océanie.

Ces investissements dans les domaines essentiels que sont le développement centré sur l’humain et le recueil de données et d’informations sont le fil conducteur du tapa qui forme la trame narrative de notre passé, et continueront à l’avenir de guider notre action.  

La crise mondiale de la COVID-19 est sans précédent. Elle a de sérieuses conséquences dans notre région, où ses impacts se feront très certainement sentir pendant encore de nombreuses années. Dans le même temps, nous savons que cette crise vient s’ajouter à une série de graves problèmes chroniques qui couvent depuis longtemps, parmi lesquels la dégradation de l’état de santé des populations océaniennes, le changement climatique et l’augmentation de la dette économique et environnementale de la région.

Malgré ces difficultés, l’Océanie, forte d’une longue tradition de coopération, a tous les outils en main pour s’attaquer avec succès à ces défis. En collaboration avec les membres fondateurs de la CPS et les autres organisations membres du Conseil des organisations régionales du Pacifique (CORP), et en nous appuyant sur les précieux partenariats qui nous lient notamment à l’Union européenne, aux Nations Unies et à nombre d’autres partenaires du développement régionaux et internationaux, nous mettons tout en œuvre pour suivre et comprendre les impacts complexes de la pandémie sur les États et Territoires insulaires océaniens et y apporter des réponses adaptées.

La région a fait preuve d’un leadership impressionnant face à la crise de la COVID-19. Les dirigeants océaniens s’en sont remis à la science et aux experts en santé et se sont fixé pour priorité absolue de préserver la sécurité et le bien-être des populations. Si l’on ne peut ignorer les difficultés économiques actuelles, force est de constater que le nombre d’infections et de décès dus à la COVID-19 est resté extrêmement faible dans le Pacifique, si bien que la région pourra rapidement s’engager dans la voie du relèvement une fois la crise passée. 

Après chaque crise financière mondiale, les pressions visant à accélérer la reprise économique se font de plus en plus insistantes, quitte à ce que cette reprise s’opère au prix d’un endettement accru. En Océanie, cet endettement se présente sous des formes très diverses ; il est à la fois financier, environnemental et social, et vouloir traiter un seul de ces aspects aux dépens des autres n’est pas une voie d’avenir viable.

C’est pour cette raison que le plan de relèvement post-COVID-19 de la CPS continuera de mettre l’accent sur la résilience et l’adaptation au changement climatique, la gestion durable des ressources naturelles et la protection du patrimoine culturel de la région.

Aujourd’hui, les investissements à long terme en faveur du développement des compétences scientifiques et de l’amélioration des systèmes de collecte de données et d’information de la CPS portent leurs fruits. Nous disposons désormais de solides biens publics régionaux, comme le Réseau océanien de surveillance de la santé publique, nos collections de données statistiques, nos ressources phytogénétiques et nos capacités de suivi des pêcheries. Tous ces atouts vont contribuer à éclairer nos décisions et nos interventions futures et sont garants d’un relèvement responsable et d’un processus de transformation ciblé.

L’appel explicite des dirigeants océaniens à agir et à intensifier les efforts en faveur de l’intégration régionale par le biais de la Stratégie pour le Pacifique bleu à l’horizon 2050 intervient également à point nommé. La CPS est résolument engagée dans cette démarche, qui va contribuer à renforcer l’architecture régionale indispensable à la bonne mine en œuvre de la Stratégie, et y apporte son plein appui. Nous travaillons à cette fin en étroite collaboration avec le Secrétariat général du Forum des Îles du Pacifique et les autres organisations du CORP.

Aujourd’hui, le CRGA réunit 26 États et Territoires insulaires océaniens qui peuvent y faire entendre leur voix et représentent collectivement la plus vaste région du monde. Notre continent du Pacifique bleu est riche de ressources, de traditions et de possibles. Je suis pour ma part convaincu qu’en continuant à investir dans l’humain et en œuvrant à l’échelle régionale à la réalisation de nos objectifs communs de développement durable, nous pourrons faire de l’Océanie un modèle pour le reste du monde, en ces temps incertains.

Les avancées réalisées au fil des 49 précédentes sessions du CRGA, alliées aux outils, aux partenariats et à la détermination dont nous disposons à l’heure actuelle nous placent dans une position idéale pour aider les pays membres à relever les défis actuels et à tracer une trajectoire d’avenir durable, pour les populations océaniennes et pour la région.

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Stuart Minchin

Directeur général (Nouméa)

Avant de rejoindre la Communauté du Pacifique (CPS) le 23 janvier 2020 au poste de Directeur général, M. Stuart Minchin dirigeait la Division géosciences de l’environnement de Geoscience Australia, centre d’expertise du Gouvernement australien pour les sciences de la Terre et de l’environnement, où sont également conservées les données, informations et connaissances nationales dans ce domaine. Il a représenté l’Australie lors de grandes réunions internationales, et a en outre assuré les fonctions de délégué principal auprès du Comité d’experts des Nations Unies sur la gestion de l’information géospatiale à l’échelle mondiale (UNGGIM) et du Groupe intergouvernemental sur l’observation de la Terre (GEO).