Construire des communautés de pêcheurs prêtes à s’adapter au changement climatique au sein des territoires français du Pacifique

Nouméa

La pêche est d'une importance capitale pour la nutrition, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes au sein des territoires français du Pacifique. Au cours des dernières années, les variations climatiques ont eu des effets profonds sur la distribution et l'abondance des poissons, ainsi que sur la productivité de l'aquaculture. Des études empiriques attestent également que la pêche est devenue moins productive qu'il y a quelques années. Face à ce constat, il devient urgent de mettre en place des observatoires des pêches côtières au sein des territoires afin d'aider les gouvernements, les gestionnaires des pêches et les communautés à intégrer la résilience climatique dans les approches de gestion.

Dans la région des îles du Pacifique, les poissons et les invertébrés remplissent permettant le bon fonctionnement des écosystèmes marins. Au-delà de la sécurité alimentaire, la pêche constitue la principale activité de subsistance des communautés locales, contribue aux recettes publiques et constitue un véritable patrimoine culturel.

Au cours des dernières années, les impacts du changement climatique ont eu des effets profonds sur l'état et la répartition des habitats côtiers et océaniques, sur les poissons et les invertébrés qu'ils abritent et, par conséquent, sur la productivité de la pêche et de l'aquaculture. En effet, la production de poissons côtiers diminuera car les poissons des récifs coralliens ne seront pas tous capables de s'adapter à la perte d'habitats et de nourriture. D'ici 2035, le changement climatique devrait réduire les prises de poissons côtiers de 2 à 5 %, pour atteindre 20 % en 2050.

Ce phénomène demande aux territoires français du Pacifique une capacité d’adaptation rapide et la mise en place de stratégies à long-terme pour pérenniser leurs modes de vie actuels. À Wallis-et-Futuna, plus de 40 % des ménages côtiers reçoivent leur premier ou deuxième revenu de la capture et de la vente de poisson. Sur le modèle de la Nouvelle-Calédonie, le territoire a choisi de mettre en place un Observatoire des pêches côtières à travers le projet PROTEGE pour prévenir le déclin des ressources marines et améliorer leur gestion.

Cette initiative permet de suivre les différents d’indicateurs économiques (comme le poids de la filière), sociaux (ex : nombre de personnes concernées par l’activité, répartition homme/femme) et halieutiques. Elle favorise également le développement d'outils de consolidation et de suivi des données de pêche sur le long terme.

Grâce à la coopération régionale avec la Nouvelle-Calédonie, les techniciens des pêches sont formés au siège de la Communauté du Pacifique (CPS) pour estimer par exemple la maturité sexuelle d’espèces commerciales, le poids et la taille des poissons pêchés. Recueillir ces données de base s’avère essentiel pour assurer le suivi des stocks de poissons et les gérer au mieux.

"A travers mes échanges avec l'observatoire des pêches côtières de la Nouvelle-Calédonie et la CPS, j'ai compris combien il peut être essentiel d'avoir un lien de confiance avec les pêcheurs locaux. En mettant en avant les objectifs de l'observatoire de Wallis-et-Futuna, il sera possible de construire des communautés de pêcheurs conscientes des risques climatiques.", explique Lotolelei Manufekai, technicienne des pêches, Service de la pêche de Wallis-et-Futuna.

En Polynésie française, les changements prévus des principales caractéristiques de l'océan Pacifique tropical entourant les îles devraient entraîner une augmentation de la température de surface de la mer, du niveau de la mer et l'acidification des océans. Des modifications des courants océaniques et des réductions de l'apport en nutriments sont également attendues, ce qui pourrait menacer la production des perles noires.

En effet, cette dernière est entièrement dépendante des conditions océaniques. En 2014, le lagon de l'atoll de Takaroa a été impacté par le phénomène d’efflorescence, qui s'est traduit par un événement de prolifération d'algues, entraînant une eutrophisation et un manque d'oxygène pour les organismes vivants. Cet événement a entraîné un très faible taux de captage de naissains d'huîtres perlières, une mortalité importante des huîtres de culture issues de ces naissains et des huîtres greffées, un retard de croissance des naissains survivants dans certaines parties du lagon, de mauvaises récoltes de perles et une activité économique réduite. Il s’en est suivi l’arrêt de l’économie de l’île, et même un exode d’une partie de sa population.

En l'absence de tout réseau de surveillance, ce phénomène ne peut pas être anticipé. Pour identifier les indicateurs et les signes de dysfonctionnement, le " Réseau d'observation du lagon de Polynésie française " (RESOLAG) a été mis en place en 2018 par la Direction des ressources marines. Cofinancé et étendu depuis 2019 par le projet PROTEGE, ce réseau vise à mieux comprendre le lien entre l'environnement, les facteurs de stress climatique et les activités perlicoles.

Aujourd’hui, la CPS s’investit aux côtés des territoires pour les informer des conséquences du changement climatiques sur les ressources et les habitats naturels. Générer de nouvelles connaissances et anticiper les tendances permettront aux territoires d’assurer la résilience de leurs communautés et activités traditionnelles. Grâce aux observatoires des pêches, les territoires français du Pacifique s'engagent à produire la science du climat nécessaire pour accroître la résilience des ressources marines.

Pour en savoir plus sur les défis du changement climatique, découvrez l’émission RESILIENCE :

A propos de PROTEGE

PROTEGE ("Pacific Territories Regional Project for Sustainable Ecosystem Management" ou "protect" en français) est une initiative visant à promouvoir un développement économique durable et résistant au changement climatique dans les pays et territoires d'outre-mer (PTOM) européens du Pacifique en mettant l'accent sur la biodiversité et les ressources renouvelables. Mis en œuvre par la Communauté du Pacifique (CPS) et le Secrétariat du Programme régional océanien de l'environnement (PROE), PROTEGE est un projet de coopération régionale qui soutient les politiques publiques des quatre PTOM du Pacifique, à savoir la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis & Futuna et Pitcairn.

 

A propos de l'émission RESILIENCE

RESILIENCE est un programme de 26 minutes qui met en lumière les actions menées par les femmes et les hommes de Polynésie, de Nouvelle-Calédonie et de Wallis et Futuna pour améliorer l'adaptation au climat et l'atténuation de ses effets. Ce programme est produit avec le soutien financier de l'Union européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité de la Communauté du Pacifique et ne reflète pas nécessairement les vues de l'Union européenne.

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Division
Durabilité environnementale et changement climatique

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Auteur(s)

Maëva Tesan

Chargée de la gestion de l'information, de la communication et des connaissances

Matthieu Juncker

Coordonnateur pêches côtières / aquaculture, Projet PROTEGE