Les dirigeants océaniens lancent à l’unisson un appel à l’action face au changement climatique et aux risques de catastrophe

Nouméa

Les dirigeants océaniens ont lancé aujourd’hui un appel à l’action afin de briser la vague des émissions de gaz à effet de serre et d’épargner aux pays insulaires du Pacifique les effets dévastateurs des catastrophes et du changement climatique.
Il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. Tels ont été les propos du président de la République de Kiribati, M. Tenati Maamau, s’exprimant à l’occasion d’une manifestation sur la résilience aux catastrophes dans le Pacifique, tenue en marge de la Plate-forme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe (Cancún, Mexique).

« Un constat lamentable et déchirant s’impose aujourd’hui : nos populations demeurent en permanence confrontées à l’élévation du niveau de la mer, aux ondes de tempête, aux inondations, aux sécheresses et aux catastrophes, comme l’ont montré les cyclones Pam et Winston, avec toutes les conséquences que l’on sait sur le quotidien des populations, leurs foyers, leurs terres cultivées, leurs moyens d’existence, leur patrimoine culturel et leurs sources d’eau si critiques.

« Le changement climatique demeure le plus grand défi de notre époque, un caillou dans notre chaussure alors que nous avançons vers la réalisation de nos ambitions et des objectifs de développement durable.

« Nous ne pouvons parler de réduction des risques de catastrophe sans évoquer le changement climatique. Nous continuerons de réclamer des mesures concrètes de réduction des émissions et une aide d’urgence pour l’adaptation de nos populations, dont la survie est en jeu », a-t-il déclaré.

Kiribati est l’un des pays au monde les plus exposés aux risques de catastrophe et les prévisions le placent parmi les premières nations insulaires qui seront englouties par la montée des eaux. Les deux pays les plus vulnérables au monde se situent aussi dans la région Pacifique, à savoir Vanuatu et les Tonga, si l’on en croit le Rapport mondial sur le risque 2016, tandis que tous les pays insulaires océaniens se trouvent dans une situation de grande vulnérabilité face aux effets du changement climatique et des catastrophes.

Maamau a également indiqué que, pour les petites nations insulaires du Pacifique, accéder aux aides financières pouvait exiger beaucoup de temps, voire relever de la gageure, et il a appelé les bailleurs, les organisations maîtres d’œuvre, ainsi que les gouvernements et les peuples du monde entier, à venir en aide aux pays du Pacifique, afin qu’ils puissent bénéficier du soutien nécessaire pour réduire les impacts des catastrophes et atténuer les effets déjà délétères du changement climatique.

« C’est le devoir et l’obligation morale que nous devons honorer pour nos enfants et les enfants de nos enfants. Faisons ce qui est juste pour eux, afin qu’ils puissent vivre dans un monde sûr et mener une existence libre et productive, tout en vivant en bonne santé. À nous de faire en sorte que personne ne soit laissé pour compte. »

Ces mots résonnent alors que les Fidji se relèvent à peine du cyclone Winston qui a dévasté le pays en février 2016. Il s’agit du plus puissant cyclone jamais enregistré dans l’hémisphère Sud, dont le bilan est évalué à 1,4 milliard de dollars des États-Unis, soit 10 % du PIB du pays.

Le secrétaire permanent du ministère du Développement rural et maritime et de la Sécurité civile des Fidji, M. Meleti Bainimarama, a affirmé que le pays n’avait jamais connu une catastrophe à ce point dévastatrice et qu’il fallait à présent passer à l’action pour protéger les vies et les moyens d’existence des Océaniens en prévision de futurs épisodes météorologiques sévères.

« Le gouvernement a beaucoup appris de la catastrophe. Nous avons pris conscience des défaillances dans nos stratégies de relèvement et de reconstruction. À cet égard, nous tenons à remercier nos partenaires, la Communauté du Pacifique (CPS), le Secrétariat général du Forum des Îles du Pacifique et les autres organisations qui nous ont prêté main-forte. Après le passage de l’immense phénomène cyclonique qu’était Winston, nous savions en effet que nous avions des déficits à combler et que nous devions solliciter l’aide d’organisations extérieures. C’est un chantier en cours et nous savons que nous devons aujourd’hui reconstruire en mieux », a-t-il déclaré.

Les sentiments et la vulnérabilité ainsi exprimés trouvent une autre illustration dans la situation des Îles Marshall, dans le Pacifique Nord, qui ont connu l’une des pires sécheresses de leur histoire entre 2015 et 2016 et qui, ces derniers mois, ont à nouveau dû déclarer l’état de sécheresse sur leur territoire.

Lors de la même manifestation, le vice-président des Îles Marshall, M. Mattlan Zackhras, a souligné avec éloquence les risques que doit affronter le peuple marshallais et les progrès tangibles que le pays est en train d’accomplir dans le renforcement de sa résilience face aux risques.

« Pour la plupart des Marshallais, les eaux pluviales collectées dans les systèmes individuels de captation et de stockage sont quasiment la seule source d’eau domestique, à savoir l’eau destinée à la boisson, à la cuisson et à l’hygiène de base.

« Il s’agit en fait de l’une des sécheresses les plus longues de l’histoire des Îles Marshall. Notre population est donc confrontée à un problème de taille, qui se pose tout particulièrement à nos équipes de gestion des catastrophes qui travaillent sur le terrain avec les populations des îles périphériques », a-t-il ajouté.

Le pays a procédé à une évaluation des besoins post-catastrophe à l’échelle de tout l’atoll une fois que la sécheresse s’est estompée en 2016. Cette évaluation, première du genre dans le Pacifique Nord, a livré des données transsectorielles détaillées.

Ces pays insulaires essaimés à travers tout l’océan Pacifique sont d’une beauté à couper le souffle, beauté qui ne peut toutefois pas faire oublier l’important facteur risque qui leur est inhérent. Les économies océaniennes ont une base étroite et les freins d’accès sont nombreux dans ce vaste paysage maritime enveloppant les nations insulaires. Cette région est en première ligne du changement climatique et des risques de catastrophe et les dirigeants océaniens appellent tous les acteurs mondiaux à redoubler d’efforts pour que l’Océanie ne se trouve pas engloutie par les eaux et rayée de la carte.

La manifestation sur le Pacifique organisée en marge de la Plate-forme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe, qui se tenait cette année au Mexique, a été coordonnée, pour le compte de la délégation Pacifique, par la Communauté du Pacifique (CPS) et l’antenne Pacifique du Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes, avec le soutien du Secrétariat général du Forum des Îles du Pacifique (FIP) et de l’Université du Pacifique Sud (USP).

Contact

Lisa Kingbserry, Communauté du Pacifique, [email protected]

Timothy Wilcox, ONU/SIPC, [email protected]

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