« J’ai l’impression que personne ne nous croira »

Suva

Le harcèlement sexuel : des femmes racontent

« J’ai l’impression que personne ne nous croira. »

J’ai 39 ans. Je suis mère célibataire avec trois enfants. Mon fils est au lycée et mes deux filles sont en primaire. Mon mari est mort l’année dernière. Il a fait une crise cardiaque. Il avait 45 ans. Il était mécanicien. Il buvait beaucoup de kava.

La vie est très difficile pour nous maintenant. Nous cultivons quelques légumes à la maison. Je travaille la semaine dans une usine de confection et le samedi je fais le ménage pour une famille pour gagner plus d’argent.

Chaque matin, je prends deux bus pour aller travailler à l’usine de confection. Mes amies qui travaillent au même endroit prennent le même bus. Nous descendons toutes dans la zone industrielle où notre usine de confection est située. Certains hommes prennent le même bus que nous. Ils travaillent dans d’autres usines.

Un homme s’assoit toujours trop près de nous. Il s’assoit toujours à côté d’une femme, même quand un autre siège est libre. Nous ne lui disons rien parce que le bus est bondé, mais il y a quelque chose là-dedans qui me gêne beaucoup. Il se colle contre nous. Parfois, il fait semblant de frôler accidentellement l’épaule ou le genou de la main. Mais ça n’a pas l’air accidentel. On dirait qu’il le fait exprès, et je ne n’aime pas ça !

Mes amis n’aiment pas ça non plus. Nous sommes toutes mariées. Nous avons discuté de ce qu’il faudrait faire. Nous ne pouvons rien dire au chauffeur de bus. Ce n’est pas un homme amical. Il ne nous écoutera pas. Il ne se soucie pas de nous. Nous avons pensé en parler à quelqu’un au travail. Mais nous ne pouvons rien dire à notre superviseur, car il est comme l’homme du bus. Il entre dans le vestiaire des dames, alors que certaines d’entre nous sont en train de se changer. Et il reste là, même si cela nous met mal à l’aise. Il n’a jamais touché personne, mais, quand même, il ne devrait pas être dans notre vestiaire en train de nous regarder.

Peut-être que notre grand patron pourrait en parler à la compagnie de transport. Ou peut-être que l’usine pourrait avoir un bus juste pour nous les femmes. Je ne sais pas. J’ai l’impression que personne ne nous croira, ou qu’ils pensent que nos sentiments ne comptent pas, pas plus que ce que nous devons subir pour aller travailler. Je ne peux pas me permettre de perdre ce travail. Comment survivrait ma famille ? Je me tais. Nous gardons toutes notre calme et nous faisons avec. Que pouvons-nous faire pour que ces hommes cessent de se comporter comme ça ?

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